A propos
radical chic

"Morale de pacotille"

Depuis une dizaine d’années, la chirurgie esthétique, reconnaît le Pr Maurice Mimoun, ne se pratique plus en cachette. On peut même dire qu’elle a gagné ses lettres de noblesse. La morale de pacotille qui a longtemps discrédité la chirurgie du paraître a disparu. On sait désormais quel bonheur elle peut apporter. Les patients qui viennent nous consulter ont un problème avec l’image de leur corps. Comme chez les accidentés, il y a souvent douleur, tristesse, désarroi... (dans Paris Match)

Je ne veux surtout pas rentrer dans un débat à la con sur la chirurgie esthétique - rebaptisée avantageusement "plastique et réparatrice", mais j'aime bien l'expression du chirurgien sur la "morale de pacotille", et je me réjouis comme lui que ses patientes déja assez riches et courageuses pour se faire bistourer n'aient pas, en plus, à porter le poids de la culpabilité instillée par une société hypocrite ; comme cela a dû être difficile pour les premières liftées, pionnières agressées par la morale judéo-chrétienne de pacotille qui sert de paravent à toutes les jalousies !

Je suis par contre toujours curieux quant au point de vue très engagé d'une certaine presse en faveur de la chirurgie esthétique ; une fois je lisais le fameux fémina (qui pourrait concourrir allegrement pour le titre de journal féminin le plus merdique, mais j'attends de découvrir bien dans ma vie qui doit être un sacré challenger), et trouvais dedans un dossier tellement favorable, et balayant de façon tellement risible toutes les remarques de bon sens que l'on peut faire à ce sujet, que je m'étais demandé si ce n'était pas du publi-rédactionnel. Aujourd'hui c'est Match qui s'y colle avec à peine plus de subtilité :

"Christina est à nouveau en accord avec elle-même depuis que son chirurgien l'a débarassée de ce qu'elle ressentait comme une disgrâce: des poches sous les yeux : "j'ai retrouvé mon regard".

Dans les deux cas je soupçonne la même culture un peu droitière, le même goût trop prononcé pour la technologie et les gadgets (voire les gros 4x4), le même épicurisme soutenu par la consommation, bref du matérialisme dans le mauvais sens du terme. Le genre de public à se plaindre d'un côté que la sécu coûte trop cher (ah toutes ces charges !) et de l'autre à tout faire pour classer leur nose job en chirurgie réparatrice histoire de se faire rembourser. Oui c'est un procès d'intention.

Chassé croisé

Nous vivons dans un pays de singes ventriloques. Chaque année depuis que je suis en âge de me souvenir, on nous fait le coup du chassé croisé, entre « juillettistes » et « aoûtiens ». Chaque année la seule motivation de ce marronnier est de placer la masse des beaufs coincés dans les bouchons au centre de l’actualité, et de tendre ainsi un miroir complaisant à un peuple qui a bien le droit, après tout, à ce que l’on parle de lui et de ses vrais problèmes.

Le journalisme évolue, il se post-modernise, et prend conscience de ses tics ; Yahoo titre « sacré chassé croisé » et traite évidemment cette « actualité » en clin d’œil, parce qu’on ne sait plus faire que ça, revenir avec une fausse ironie et un vrai contentement de soi sur les évènements merdiques qui rythme notre vie quotidienne. Mais derrière le clin d’œil, les infos bison futé sont là, et oui il va y avoir du monde sur les routes, incroyable.

Au delà de cette modernisation en trompe l’œil, on constate l’appauvrissement général du langage et de notre imaginaire. Des médias qui anticipent le sujet et le construisent, un concept-valise, toujours le même, qui agit comme un signal déclencheur, et derrière, rien, les aires d’autoroute, la rumeur des plages et des campings, les voitures désormais climatisées, le tunnel de Fourvière, tout le tas de poncifs dégueulasses qui nous est déversé dessus, toujours les mêmes mots jusqu’à la nausée ; certains s’émerveillent de ce folklore républicain, je ne le supporte plus.

Théorie du complot ?

On me reproche indirectement d'abonder dans la théorie du complot, à propos de mon billet sur les attentats de 95. Or je ne voudrais pas rentrer dans ce genre de délire, et je me méfie à mort des gauchistes complotistes qui en arrivent souvent à blanchir les islmatistes ; d'un autre côté, l'option de "l'extermination" en Algérie n'a pas libéré le peuple du terrorisme, mais a surtout justifié la guerre civile et le pillage des ressources par les généraux. Bref, comme je n'ai rien d'autre à faire, j'ai essayé de faire le point, à coup de Google.

Concernant le fameux Tarek, qui aurait reçu de l'argent de la part de Rachid Ramda tout en bossant pour la sécurité algérienne, c'est une information qui m'a l'air sérieuse ; elle mérite au moins d'être étayée, ou discutée fermement.

Sinon, voir Al Quaeda / branche mésopotamie (sic), reprendre une autre accusation classique des exactions des militaires pour justifier l'assassinat des deux diplomates algériens, me gêne fortement :

"Ils accusaient notamment Azzedine Belkadi, désigné comme un membre des services de renseignement algérien, promu "du grade de lieutenant à celui de capitaine", d'avoir "participé aux massacres de Raïs et Bentalha, qui ont fait des centaines de victimes parmi les enfants du peuple musulman algérien et qui ont été alors imputés -par les autorités algériennes- aux moudjahidins", c'est-à-dire aux djihadistes.
Les massacres de Raïs et Bentalha, près d'Alger, avaient fait des centaines de morts en 1998. Les islamistes ont souvent accusé les services secrets algériens d'avoir commandité ces massacres en les leur imputant pour salir leur image auprès des Algériens."

Il semble que ces accusations en Algérie, que l'on appelle la thèse du "qui tue qui", soient largement discutées ; l'ambassadeur d'Algérie à Paris s'en insurge, mais bien sûr il ne peut pas dire grand chose d'autre ; le même site publie une défense et illustration des mérites de l'armée nationale qui me semble quelque peu partisane :

Le paradoxe est tel que le terrorisme chez nous n'est plus le fait des islamistes du GIA et du GSPC ­(..) mais a pour auteurs, inévitablement, les généraux algériens, l'ANP et la « redoutable sécurité militaire ». En Algérie, ce ne sont pas les islamistes qui tuent, ce sont les généraux. La sentence a de quoi séduire Bouteflika et ses amis, heureux de se débarrasser à vil prix de ceux qui les gênent le plus dans leur tentative totalitaire.

D'autres articles vont dans le même sens, ainsi d'un débat organisé par le collectif "Vérité pour Bentalha" et semble-t-il le journal Marianne (que je sens partisan des "exterminateurs") :

(...) A aucun moment dans ces témoignages il n’est émis de doute sur l’identité des auteurs de massacres. Que l’Etat et les services de sécurité n’aient pas protégé la population, c’est une réalité avérée, la presse privée algérienne n’a eu de cesse de l’écrire, mais aucun témoignage n’affirme que c’est l’armée qui tue.

Enfin, ceux qui défendent la thèse de l'implication de l'armée ont le mérite de rappeler que les accusations viennent souvent des transfuges de l'armée ou d'autres réfugiés (et en plus ils n'aiment pas BHL ! Ca les rend sympathique, évidemment) (et il s'agit d'un site marocain, et mes statistiques personnelles semblent indiquer qu'ils sont souvent méfiants face à l'état algérien).

Conclusion : la thèse de l'armée commanditant ou réalisant les massacres parait délicate ; les explications quant à sa non-intervention ne sont pas pour autant crédibles, et les sources qui s'insurgent devant le "qui tue qui" sont aussi des fervents partisans de l'armée, et accusent même Bouteflika d'en jouer contre elle ! Donc théorie du complot ? J'EN SAIS RIEN et ON NE PEUT PAS S'INFORMER DE FACON FIABLE SUR INTERNET !! Merde alors.

Chassez le naturel...

Le fils du nouveau président ukrainien, Victor Iouchtchenko, héros défiguré de la révolution orange, en profite un peu, révèle le journal en ligne Ukrainska Pravda (via l'AFP) :

(...) la voiture d'Andriy, fils du président, un modèle luxueux de BMW vendu plus de 100.000 euros, a attiré l'attention du journal en ligne Ukrainska Pravda, connu pour avoir révélé plusieurs scandales. Ukrainska Pravda s'interrogeait cette semaine sur les revenus permettant à l'étudiant de 19 ans de mener un tel train de vie: une superbe voiture, mais aussi un téléphone portable estimé à 4.000 euros et plusieurs soirées dans les restaurants les plus chics de Kiev.

Quoi de bien naturel, et qui en voudrait à Andriy - sinon des ukrainiens jaloux, aigris et frustrés de ne pas avoir autant de chance que lui ? Les opposants au faste présidentiel sont un peu comme nos opposants aux 4x4, ils regrettent l'égalitarisme socialiste et voudraient que pas une tête ne dépasse. Pourtant, nous dit Iouchtchenko, il ne s'agit pas de corrruption :

Le président ukrainien a ensuite défendu la moralité et la bonne éducation de son fils et a assuré que celui-ci louait en fait la voiture grâce à un boulot à mi-temps.

Bien sûr. Du coup l'affaire devient un peu le test d'un pouvoir qui a beaucoup promis en terme de transparence mais qui pourrait se réveler sensible à la tentation une fois installé dans les palais ; le pouvoir corromp, que voulez-vous. Seule consolation, on retrouve avec plaisir la ligne de défense copyright Jacques Chirac : justification à la limite de l'absurde, dénonciation d'attaques politiques contre sa famille, et de toute façon "pschitt". Iouchtchenko a bien raison de suivre la méthode du Chi, ça marche à tous les coups, et nous devrions être fiers de si bien exporter notre savoir-faire !

Presque en vacances

Ca y est, plus rien à dire, sauf de répéter la mantra à la con : vacances, vacances, vacances. Areuh. Impossible de travailler sur quoi que ce soit, impossible de penser à autre chose qu’aux dernières merdes à acheter, pellicules (tant qu’on en trouve), médicaments exotiques, et aux trucs à mettre dans son sac, et de façon très accessoire, aux livres à lire.

En fait j’aime bien ces moments où l’on quitte les gens comme si on n’allait plus les revoir, comme si on voyageait encore au siècle passé, et qu’un départ signifiait un périple de plusieurs mois ; tout le monde continue à faire comme si les vacances constituaient une grande rupture, et je cède souvent moi-même à ce sentiment – alors qu’aujourd’hui, avec l’avion, on est à peine parti et déjà revenu, quelques semaines d’été, un voyage pour le principe, agréable, vaguement dépaysant, mais totalement superficiel. Peut-être que traiter nos vacances comme de grands départs leur donne plus de valeur qu’elle n’en ont en réalité, une petite coupure dans la routine du quotidien.

Les vacances valent aussi pour les moments de transition, elles-mêmes et ceux qu’elles induisent, comme les derniers jours de travail en juillet ou en août, où on arrive au boulot à n’importe quelle heure, on parcours les bureaux vides histoire de trouver quelqu’un à qui parler (tu pars où ?), et on déserte en milieu d’après-midi pour aller voir un film . Les loisirs ne prennent tout leur sens que volés à l’ordinaire du bureau, comme ces déplacements professionnels que l’on prolonge volontiers ou ces réunions que l’on quitte le plus tôt possible pour pouvoir traîner l’après-midi en ville.

Lecture ?

Bon un peu de travail collectif : qui a lu des bons livres récemment, ou des lectures d'été, en poche (vu le poids dans le sac à dos) ?

Sale guerre

En Algérie, la guerre civile larvée qui a opposé islamistes et militaires, et qui semble heureusement finie (?) n'a jamais été très claire ; on sait par exemple qu'une partie des exactions des "barbares terroristes" venaient des militaires, qui en avaient besoin pour légitimer leur répression brutale (information reprise par exemple sur ce site marocain). Aujourd'hui, dix ans après, il y a une rumeur persistante qui attribuerait carrément à l'Etat Algérien, via ses services secrets, l'organisation des attentats du RER B à Paris, histoire de forcer la France à soutenir plus activement l'état algérien. Or, dans son article d'hier Libé aborde le sujet, mais reste bien flou :

(...) de nombreuses zones d'ombre et de mystère. Notamment sur l'identité des commanditaires de ces bombes qui, au total, en 1995, ont tué 10 personnes et en ont blessé 250. Des éclaircissements viendront peut-être avec l'extradition de Rachid Ramda, réclamée par la France à l'Angleterre depuis dix ans et que Londres vient d'accorder.

Un autre article du même journal publié en 2002 allait plus loin :

Sur le banc des accusés, un troisième homme manque : Rachid Ramda, le financier présumé (...) Exit donc la comptabilité retrouvée à Londres à l'adresse de Ramda, qui listait les envois de fonds à "Mehdi", Boualem Bensaïd, et à "Tarek", Ali Touchent, émir supposé du GIA en Europe et en fait agent double de la sécurité militaire algérienne (je souligne) (...) Voilà donc un procès amputé de deux accusés de poids. Ali Touchent, recherché par Interpol, a échappé à toutes les polices avant de se réfugier... en Algérie, sous la protection des militaires, et de mourir dans des circonstances obscures en 1997.

C'était quand même beaucoup plus explicite ; pourquoi cet accès de pudeur et de discrétion ? Peur de facher nos copains algériens ? Manque de preuves et crainte d'une action en diffamation ? Ce flou alimente toutes les thèses et pue la mauvaise raison d'état ; c'est assez déplaisant.

Critiques françaises

A propos de La Porte du paradis (Heaven's Gate), film magnifique et fiasco retentissant qui a déclenché la faillite de United Artiste, cette note amusante :

The production's combination of clashing egos, on-set drug participation, misfired "atmosphere" sequences, muddy (and muddled) battle scenes and incomprehensible dialogue added up to the Picture That Killed United Artists. As was their habit, French cineasts embraced Heaven's Gate as an unheralded masterpiece, but this fact did little to restore Cimino's tarnished reputation.

Et pourtant nous sommes sur un site de référence assez sensible au cinéma d'auteur. Ce que j'adore, c'est la phrase de résignation un peu énervée sur les critiques français (je souligne), ces snobs, qui voient le chef d'oeuvre quand les américains se plaignent d'un film certes beau, mais long et confus, et qui aurait signé la mort du Western (ce dont d'ailleurs il devait pleinement avoir l'intention).

Bien sûr, en France, le message politique du film, qui est sans doute plus subtil qu'une lutte des gentils prolos-immigrés fermiers contre les méchants éleveurs de bétail texas-style, a certainement beaucoup plu : "cet anti-western tant loué en nos contrées franco-françaises et si décrié outre-atlantique", comme l'écrit une critique par ailleurs enthousiaste.

Mais à lire le premier commentaire entre les lignes, ce serait parce que les américains ont boudé ce film ample que les français l'ont acclamé. J'aime bien cette petite touche de mauvaise foi, assez injustifiable ici puisque le film, malgré ses défauts, est splendide, mais qui montre aussi que les américains nous ont bien compris ; le cinéma français est snob, c'est un fait, et c'est un plaisir partagé par tout le monde ici - et moi le premier - que de dauber sur les films hollywoodiens, et sur la nullité du public américain qui se précipite pour aller voir les bouzes soutenues à coup d'effet spéciaux, tout en se plaignant d'une grande époque passée - close à la fin des années 70 d'ailleurs.

La double imposture de Mai 68

En lisant Kristin Ross (Mai 68 et ses vies ultérieures), j’ai retrouvé le malaise qui m’habitait à l’époque : j’étais devant une double impuissance, une double imposture. Côté des autorités, une incompréhension radicale, d’autant plus pesante que la politique de De Gaulle, notamment en Algérie, avait habitué les Français à moins de simplisme. Exaltation de l’ordre, célébration de la force, mélange écœurant de brutalité sommaire et de solennité archaïque et empesée, le pouvoir ne disposait plus que d’armes misérables ; quelque chose se révélait définitivement out, ce quelque chose qui a décidément la peau dure et qui continue, depuis, à traîner son agonie. Côté contestation, une incroyable cuistrerie, une compétition d’idées creuses et jetables, une débandade de mots, une sincérité provocante aux antipodes de l’authenticité, une formidable ignorance masquée sous un dogmatisme péremptoire puisé dans les fiches de lecture et les notes de cours ; et, déjà, dans la plupart des jeunes gens qui menaient la danse, l’astuce grisâtre des vieux routiers de la manip. Pourtant, de cette poubelle soudain vidée de ses détritus anciens et récents, s’élevait le plus léger des chants, le plus aérien, le moins prévisible.

Jean Sur, le marché (XX) de Résurgences.

"Cops had no choice"

C'est la conclusion du "Security Adviser" du Sun à propos du suspect abattu dans une station de métro par la police anglaise :

FACED with a suspected suicide bomber killing more innocent victims, police yesterday had no choice but to shoot to kill. Shooting to wound is James Bond stuff. In real-time life and death situations, it just never happens.

C'est le débat habituel : est ce que la fin justifie les moyens ? est ce qu'on ne prend aucun risque sauf de tuer un innocent (mais nous dit le Sun, il EST lié à l'un des terroristes de la seconde vague ratée, donc il ne peut pas être totalement innocent...), ou est ce qu'on tente quand même de le maîtriser, au risque de sauter avec lui ? Je n'ai pas vraiment d'avis là dessus, mais s'il a été vite clair que le type n'était pas un des quatre suspects recherchés, il faut lire et relire les dépêches pour apprendre, au détour d'une ligne, qu'il ne portait pas d'explosif sur lui ; cette information, primordiale, est un peu honteuse, puisque les flics se sont trompés - d'où la conclusion en forme de dédouanement du Sun.

Ce qui m'interesse plus dans cette sombre histoire, c'est qu'en attendant la communication officielle - d'ailleurs lacunaire - de la police, les journalistes se sont reportés sur les témoignages visuels, avec les écarts que cela suppose : l'un parle d'un manteau d'hiver, un autre d'une veste épaisse (le Sun), un troisième d'un gros pull over, et un autre encore d'un sac à dos, et le plus fort, peut-être inspiré par l'autre histoire, c'est le témoin qui a vu la ceinture d'explosifs et les fils électriques dépasser sous son manteau/veste épaisse/gros pull ! Et c'est la même chose pour le nombre de flics, 3, 5, 10 ou 20 ? Le Monde a bien raison de rester hyperflou.

Bon, je veux bien que cela se soit passé très vite, mais ce genre de reconstitution des faits à coup de micro-trottoir, façon blogosphère, et plus ou moins en temps réel, style charnier de Timisoara, commence à avoir ses limites, comme le rapporte ce blog, une fausse alerte... où certains ont vu l'explosion ! On passe vite de l'information à la rumeur hystérisée, encouragée par des dispositifs comme citizen journalist de MSNBC, les mêmes d'ailleurs qui racontent l'histoire de la ceinture d'explosifs.

La France dont je rêve

Pascal Bruckner évoque satiriquement l’idéologie du « modèle social » hexagonal.

La France n’est pas seulement la plus belle contrée du monde, celle qui dispose de la plus grande variété de paysages et de fromages, d’un patrimoine magnifiquement préservé, des meilleurs infrastructures, de la meilleure protection sociale, elle est aussi, elle vient de la prouver, à l’avant garde de l’histoire universelle, comme elle le fut en 1789, en 1848, en 1936 et en 1968. A ces avantages, notre grande nation rajoute un atout supplémentaire : nous sommes devenus depuis peu grâce à la vigueur de notre peuple, un grand pays producteur de manifestation et de grèves.

Magnifique conquête que nous ne devons pas nous lasser de célébrer à chaque instant. Pas un jour, chez nous, sans des dizaines d’arrêt de travail et de protestations, jalousés par les chômeurs qui n’aspirent qu’à un emploi que pour accéder au statut privilégié de gréviste. (… )

Prenons un exemple : transformée en gigantesque parc d'attraction et en commune populaire, la France marierait une fois encore la beauté et l'exemplarité (...) Des universités populaires disséminées sur tout le territoire, de Saint Tropez à Dunkerke, de la Baule à Vesoul, instruiraient les étrangers des arcanes de la théorie française (fondé sur l’axiome suivant : « le libéralisme, c’est l’horeur »). Elles leur apprendraient aussi les subtilités de la grève à la mode hexagonale – laquelle n’a pas besoin de raisons pour se déclencher, puisqu’elle est à elle-même sa propre fin et sa propre cause. Le parti de la grève serait bien évidemment le parti unique en France, avec obligation faite à chaque famille d’y inscrire ses bambins.

(…) Vive la France ! Vive la grève ! A bas le monde extérieur !

Pascal Bruckner, in le Figaro du 14 juin (désolé plus de lien).

Ecrit 15 jours après la claque du 29 mai, ce texte lourdement ironique a au moins le mérite de mettre à jour la mauvaise foi latente de notre bonne droite, celle qui se retient de dire tout haut ce qu’elle pense quand elle gouverne. Bruckner, lui, « intellectuel », n’a pas à se cacher, et il trouve les pages du Figaro pour accueillir sa bile. Evidemment, ce n’est pas drôle du tout, mais j'ai plaisir à imaginer la rage de mauvais perdant qui l’a amené à écrire ces conneries, sa rage de perdant et aussi le mépris non déguisé pour ce peuple imbécile qui préfère faire la grève (et manifester contre la guerre en Irak ! Alors que c’était une si bonne idée !) plutôt que de bosser, ce peuple imbécile et sa bien connue xénophobie anti plombier. Et encore je n’ai pas recopié les parties les plus insultantes sur le thème « réconciliation de l’extrême gauche et du FN », vraiment trop rances pour passer outre ma lassitude de copiste.

Voilà, c'était la séquence traditionnelle « les élites sont-elles coupées du peuple ?».

Analystes négriers

De l'économie à l'ancienne, sous les yeux ébahis de Wall Street : Costco est un warehouse store - en gros, a mi-chemin entre un magasin de hard discount, façon LP, Albi et consorts, et un grossiste avec accès réservé aux membres, comme Metro. Costco choisit de payer correctement ses salariés, 17 dollars de l'heure en moyenne, soit 40% de plus que la référence Wall Mart, et en y adjoignant une bonne assurance santé. La justification du boss est totalement fordiste : mieux payés, les gens bossent mieux, sont fidèles et ne cherchent pas à voler, et de plus les clients sont contents de ne pas faire des affaires sur le dos des salarié. Mais ce schéma fort traditionnel n'est pas du gout de certains :

One analyst, Bill Dreher of Deutsche Bank, complained last year that at Costco "it's better to be an employee or a customer than a shareholder." (...)

Emme Kozloff, an analyst at Sanford C. Bernstein & Company, faulted Mr. Sinegal (le boss de costco) as being too generous to employees (...) "He has been too benevolent," she said. "He's right that a happy employee is a productive long-term employee, but he could force employees to pick up a little more of the burden (payer une plus grosse part de leur assurance santé)."

Bon, depuis Action Directe, on sait que l'assassinat politique ne règle pas grand chose, mais la tentation est grande de régler le compte de ces porcs cyniques d'analystes financiers, et en attendant l'on se réjouit - oui tout cela est très naïf je vous l'accorde - de savoir que le boss de Costco se torche avec leurs bons conseils. Ceux-ci voudraient soit du volume discount, en payant les salariés comme des galériens, soit de la marge à tout prix et bien plus que les 14-15% pratiqués par Costco ; voilà une grande finesse stratégique, qui justifie difficilement que ces commissaires politiques du capitalisme soient payés une fortune. Et le New York Times note simplement que malgré les recommandations plutôt négatives des mêmes stratèges, le cours de l'action se porte bien, parce que c'est une "compagnie culte". Comme quoi.

Mais je demeure extremement choqué de ce genre de diktats, cette façon de passer par dessus les employés et de faire pression sur le management pour extraire toujours plus de rente et prendre leur commission dessus ; dans le cas de Costco le cours résiste, mais le jour où l'action cessera d'être à la mode, ce sera une autre histoire.

La tête de l'emploi


Il s’appelle John G. Roberts, c’est le nouveau nominé à la cour suprême des Etats-Unis ; il est jeune (50 ans) et fringuant, et il a l’air tellement américain que c’en est presque comique. Il faudrait étudier cette figure inspirée de Kennedy, qui assure encore le succès de nombreux hommes politiques, et qui a manqué d’ailleurs à Kerry, cette image du « natural born leader » qui est si importante ; Roberts rentre évidemment là dedans, son physique et sa biographie parlent pour lui, on sent le produit de la bonne classe moyenne blanche de banlieue, comme on le voyait dans ces films de propagande familialiste qui passaient dans les écoles américaines dans les années 1950 :

Judge Roberts was born in Buffalo and grew up in Indiana. In high school, he captained his football team, and he worked summers in a steel mill to help pay his way through college.
He's also a man of character who loves his country and his family. I'm pleased that his wife, Jane, and his two beautiful children, Jack and Josie, could be with us tonight. Judge Roberts has served his fellow citizens well, and he is prepared for even greater service. (je cite Bush)

Je suis presque étonné que le débat n’ait pas tout de suite été tué dans l’œuf ; les Républicains ont senti que ce juge, qui serait d’ailleurs plutôt compétent, pouvait passer la nomination bi-partisane ; comme dit Bush, qui insiste lourdement sur la supposée modération de Roberts,

"The signers of this letter (de recommandation pour son élection au siège de la cour d’appel fédérale) included a former counsel to a Republican President, a former counsel to two Democratic Presidents, and a former -- and former high-ranking Justice Department officials of both parties."

Il est clair que la construction d’une image de conservateur modéré est alimenté par son style à la Kennedy. Les démocrates vont essayer de le dénoncer comme un réac (nommé par Bush ? quelle surprise), mais ce n’est pas gagné.


Et pendant ce temps on se demande si un certain Tancredo, élu du Colorado, a bien fait (!) ou non de dire sur une radio locale qu’il faudrait bombarder la Mecque au cas où des terroristes islamistes détonneraient des armes nucléaires sur le sol américain ; question débile, réponse de cow-boy, et c’est parti.

Charme de la langue de bois

Que faire de mieux en voiture, une fois qu'on a épuisé tous ses cd, que d'écouter "le grand rendez-vous de Jean-Pierre Elkabach" (sans Elkabach ?) en espérant que les bouchons ne seront que passagers. Mais on ne choisit pas l'invité, et hier soir c'était Debré, Jean-Louis, président des godillots de l'UMP, dans son rôle habituel de chien fidèle de Chirac. Et c'est toute une expérience...

Expérience qu'on l'on cherche vainement dans les comptes-rendu du lendemain, fût-ce sur libé ou alors via l'AFP, ou même sur la blogosphère cultivée, car ceux-ci ne reprennent que les "petites phrases", où Debré cogne mollement sur Sarkozy, ou alors cette extraordinaire citation gaullienne qui dit qu'il vaut mieux faire front plutôt que se planquer face aux difficultés, étonnante leçon de vie. Ces résumés un peu secs nous privent du meilleur, toutes les petites circonvolutions qui font de Debré un roi de la langue de bois à l'ancienne, un monument de la politique périmée, et bien malgré lui un serviteur dévoué de Sarko qui, face à cet enchaînement quasi-infini de banalités paresseuses, apparaît comme l'homme de la modernité.

Allez un extrait puisque Europe 1 met gentiment en ligne son enregistrement :

(la journaliste sarkoziste) Venons-en à l'évènement phare de ce mois de juillet, qui est bien sûr la prestation présidentielle (...) les français l'ont jugé (Chirac) "bon dans la forme mais peu convaincant sur le fond". Partagez-vous ce sentiment ?
(le fils Debré) J'attendais avec intérêt cette intervention du Président de la république, qui est traditionnelle depuis maintenant 1981, depuis François Mitterrand, et j'espère qu'il en sera ainsi pendant longtemps encore, car c'est une rencontre très forte (!!) entre le Président de la république et les Français. Alors le constat a été fait (?), et le Président de la république a tracé, me semble-t-il, la route du gouvernement, le carnet de bord, avec une priorité qui est l'emploi. On y reviendra, mais c'est ce qu'on attendait, à savoir, nous avons subi des difficultés, le moment est difficile, le malaise est perceptible, la lassitude manifeste, le doute évident, et il faut être optimiste, est ce qu'on peut-être optimiste ? C'est difficile...
(Madama Sarkosky, l'interrompant) C'est la méthode Coué !
(Brutus) Non madame ce n'est pas la méthode Coué, Madame, c'est - nous avons des handicaps, et nous avons des atouts, handicap c'est nos propres divisions, des atouts, je vais vous dire les atouts, nous avons fait un certain nombre de réformes, et je voudrais d'ailleurs à ce sujet, puisqu'on l'oublie trop, dire un mot du gouvernement Raffarin, et de la première partie du quinquennat (...)


Je passe sur l'éloge post-mortem des "réformes", mais à la fin je dois dire que j'étais ému, je sens qu'à terme je vais regretter ce genre de vieux dinosaure, qui finira bientôt en double collector pour trentenaires regressifs, comme les DVD de Casimir.


Un petit mot pour les journalistes lagardériens qui l'ont interrogé : je n'ai jamais vu une telle partialité ; d'habitude on sent un effort pour dissimuler pudiquement les opinions bourgeoiso-réalistes, mais là c'était la tribune des militants UMP. Allez pour une fois que je sais de quoi je parle, je cite :

(Alba Ventura je crois, ou Caroline Roux) : Après 10 ans passés à l’Elysée, le président découvre qu’à trop vouloir « rendre le chômage supportable » on n’a pas assez incité les chômeurs à reprendre du travail, parce qu’elle est là aussi la plaie française sur le chômage, elle est naturellement là (…) et les membres de sa majorité avaient sonné l’alarme, attention on n’incite pas assez les chômeurs à reprendre du travail
(Debré) : On les incite, on a une législation sociale…
- mollement, mollement…
- on a une législation sociale qui doit sur ce point probablement être corrigée…
(…)
(la même) D’autres mesures qui évidemment devraient être réformées par la droite, par exemple l’ISF, bien qu’il y ait un consensus à la commission économique de Mahaignerie, le gouvernement reste sourd, et le Président commence un peu à bouger, alors que vous savez très bien que cet impôt a fait des dégâts pour la collectivité...

L'été américain de Laurence Ferrari

Avant son retour en août au JT de TF1, elle nous raconte son périple

(TV magazine) Vous rentrez juste de Sardaigne et vous enchaînez avec la Côte Ouest, aux Etats-Unis
(Laurence Ferrari) Oui, nous partons demain, en famille, faire un circuit en Californie, avec des haltes à San Francisco, Las Vegas, au Grand Canyon et dans les parcs nationaux. On aime bien ce pays, avec Thomas et les enfants. D'ailleurs, on avait déjà fait ce genre de périple en voiture sur la Côte Est, il y a quelques années.
Qu’est-ce qui vous attire là -bas ?
J'aime bien leur façon de penser, de voir grand et l’énergie qui se dégage de ce pays. J’y vais assez régulièrement, je suis accro. à‰tudiante, j’y ai même été fille au pair.
Vous avez anticipé votre départ d’Italie d’une journée pour venir enregistrer votre émission à RTL. Vos enfants ne sont pas agacés d’avoir toujours à vous partager avec votre passion pour le journalisme ?
On réussit quand même à prendre presque un mois ensemble. C’est plutôt bien. (...)

C’est pour cette raison que, cet été, vous n’allez pas en Corse ?
C'est vrai que nous y allons très souvent. La mère de mon mari est corse, il a des attaches familiales là -bas. Pour moi, c’est l’un des plus beaux endroits de France où j’aime aller me ressourcer.

in le dernier numéro de TV magazine

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