Cadeaux jetables
Par Guillermo, le samedi 31 décembre 2005 :: Grouik
Cette année je suis presque surpris de ne pas revoir les pubs pour les opérateurs de portable qui m'avaient tant énervé l'an passé, ces incitations à balancer des SMS à tout son répertoire avec les mêmes voeux pourris, ou pire, de le faire en image. Mais si les opérateurs se sont fait relativement discrets, c'est qu'ils ont laissé leur place aux vendeurs de gadgets.
Jamais dans le métro je n'ai vu autant d'affiches ressemblant à des pages de catalogue conforama agrandies 20 fois, avec la même laideur objective du packshot entouré de couleurs criardes, au point qu'il est aujourd'hui impossible d'ignorer le prix d'un ordinateur portable avec écran 15,4 pouces, d'un appareil photo numérique 5 mégapixels ou de n'importe quel baladeur MP3 (baladeur, j'adore ce mot, tellement années 80) ; et à chaque fois les détails techniques prennent plus de place, au point que je vais finir par regretter ces pubs à l'ancienne où l'on noyait le produit (merdique) dans un flou artistique.
Le plus triste c'est qu'il est impossible aujourd'hui de penser à faire un cadeau collectif sans voir un ipod ou un appareil numérique sortir du paquet à la fin de la soirée (surtout pour les trentenaires) ; ce n'est pas que ces gadgets soient inutiles, mais personne ne s'inquiète de leur caractère complètement jetable. Dans deux ans, la moitié des appareils photos aujourd'hui vendus seront bons pour la poubelle, parce que leur écran aura lâché, que la batterie sera crevée ou que l'utilisateur aura fini par s'inquiéter du délai irréel entre la pression du doigt et la prise de la photo, et voudra absolument un nouveau modèle ; pendant ce temps je continue à pouvoir prendre (et rater) des photos avec un appareil vieux de 25 ans, du moins tant qu'il sera possible de trouver des pellicules film.
Donc les cadeaux que l'on nous a incité à faire, et que l'on nous incite aujourd'hui à revendre (pas de complexes) sont de plus en plus merdiques, et viendront encombrer les fonds de tiroir comme nos premiers portables ; qui n'a jamais senti cette étrange nostalgie devant ces téléphones-frigos qui nous faisait pâmer il y a à peine cinq ans, et que l'on regarde aujourd'hui comme les Allemands de l'Est leurs vieilles Trabant ?
