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radical chic

L'impensable fin de Libé

Cela fait des mois que je me dis que je dois bien écrire un truc sur Libé, et que je me demande ce que je pense, au fond, de cette crise, et aussi de ce journal, objet de passions curieuses, systématiquement ou presque défendu par la négative ("c'est pas terrible mais on n'a rien de mieux"), victime fétiche de la haine anti-bobos (qui est aussi un produit de la boboïtude), et symbole du reniement des idées de gôches en un encore fameux "vive la crise" aux allures de revenez-y, n'est ce pas Joffrin ? Ainsi d'un commentaire récent qui persistait à comparer libé et 20 minutes, ce que je trouve quand même bien excessif. D'ailleurs, je m'étonne qu'on puisse porter des jugements définitifs sur un quotidien ou un autre, dire que Libé est à chier ou le Monde insupportable : ce ne sont que des vérités partielles et finalement des postures.



Ainsi, l'attachement que je porte malgré tout (donc comme tous ses lecteurs) à ce journal discuté m'empêche de regarder avec certitude sa fin. Mon opinion vélléitaire a cependant été bousculée le mois dernier quand j'ai lu ce billet de Hugues, dont le noir réalisme précipitait le travail de deuil qui se mettait patiemment en place, de plan de relance en dernière recapitalisation, de pages supprimées en suppléments abandonnés, chaque étape scandée par une diminution du personnel. Et si le même Hugues a raison d'exprimer aujourd'hui son intérêt pour la piste du gratuit (et même deux fois), je ne peux m'y racrocher sans une analyse plus solide des coûts et des bénéfices potentiels - hélas j'ai déjà vu des gens prendre 20 minutes quand libé distribué en gratos était posé sur la pile à côté.

Bref, Hugues à raison, Libé à toutes les chances de crever. Je déteste l'écrire et je me reproche d'être défaitiste et je ne voudrais pas être lu par quelqu'un qui y travaille, mais je n'y crois plus. Car je vois bien moi-même que rien ne peux me donner envie de devenir un lecteur plus régulier (hors l'option gratos), et que l'édition du mercredi (cinoche) et du samedi me suffisent.

Le premier problème passe éternellement d'une histoire de rapport qualité prix, personne et moi le premier n'acceptant de payer un euro vingt tous les jours pour un journal qu'on n'aura pas forcément le temps ou l'envie de lire, à la question, plus profonde, de l'intérêt que suscitent les quotidiens : faibles attentes pour une information autre qu'émotionnelle ou allant au delà de la distraction, auquel s'ajoute le rejet de Libé lui-même par une intelligentsia qui critique son caractère soit impur, soit vide. Perdus entre l'indifférence de la masse et le talibanisme des ultras, Libé se retrouve bien mal.

Le second problème est que l'apport d'un journal s'est affaibli avec l'hypertrophie de l'information : il n'est plus nécessaire, et rarement suffisant. En fait, ce qu'apporte Libé, quand j'y réfléchis, c'est une simple promesse : l'effort qu'on aura fait de selectionner, d'argumenter, de présenter une vision du monde, et toujours selon le même schéma qui m'amuse bien (et m'énerve parfois), qui m'a sûrement formé en tant que blogueur. Libé, c'est cette sorte de méfiance de principe, très française, qui énerve les libéraux expatriés sans d'ailleurs convaincre la vraie gauche, qui s'étrangle devant la pub Gucci en face de l'article. Une promesse qu'on ne trouve toujours pas ailleurs, et qui va me manquer quand l'inéluctable se produira.

La disparition des classes populaires

La question qui tue ces jours-ci, c'est de savoir si Royal plait aux "classes populaires". Ca occupe quelques pages de libé de vendredi dernier dans lequel s'opposent sondeurs (qui disent qu'elle plait) et Todd (qui dit que non), accompagné par un micro-trottoir fait dans un quartier 100% certifié populo de Strasbourg (qui conclut ni oui ni non), et sans qu'il soit donc possible de trancher. Mieux, non seulement on sait pas si les prolos aiment Royal, mais on s'aperçoit au passage que personne n'est capable de savoir quoi que ce soit sur eux - sauf qu'ils ne sont pas dupes.

Ce n'est pas qu'un problème de définition - sachant qu'on peut s'accorder a minima sur des critères de revenus. Ainsi le reportage de libé, s'il a le mérite de donner la parole à des gens qui ne l'ont jamais, me fait penser à une sorte d'exercice ethnologique. Idem pour les témoignages sur le travail à la chaîne, comme aujourd'hui, qui viennent régulièrement illustrer les fermetures d'usines, et qui semblent avoir été écrits pour rapporter une réalité dont on s'étonne qu'elle puisse encore être. Mais au moins on en parle, puisque le plus souvent la question du travail, de ses conditions, de sa pénibilité, a été commodément masquée par le "problème" du chômage qui, en fabriquant une homogénéité entre tous ceux qui ont un CDI, sous-entend que ceux qui bossent ne peuvent pas avoir de problèmes.

C'est marrant quand même. Tout est fait pour que le miracle du capitalisme fasse oublier les conditions de sa possibilité, en faisant disparaitre la production de nos représentations. Seuls comptent les magasins et les petites vendeuses fringantes (membres acceptables des classes populaires, puisque ayant l'apparence extérieure des classes moyennes) et les pubs de merde façon catalogue carrouf avec les prix en gros. Ceux qui rappellent le demi-esclavage des chinois sont des emmerdeurs, mais il n'est pas non plus possible de souligner que derrière la magie du business il y a des usines et des plateformes logistiques, de la sueur et de la pollution. Par contre, les contraintes économiques se sont vues accorder de plus en plus de poids, délégitimant d'avance toute revendication salariale et transformant les grèves en sabotage.

Bien sûr c'est la faute à de la télé, trop préoccupée de montrer jusqu'à la nausée des vrais-faux gens en pavillon avec cuisine équipée, et qui fait donc disparaître les classes populaires, soit en les reléguant à des rôles de figurants, voisins, cousins ou témoins des faits divers glauques des JT, soit en les kitschifiant jusqu'à les rendre méconnaissables en leur prétant une existence détachée des contingences matérielles. L'intérêt de la télé et celui du capital, c'est simplement de faire disparaître les pauvres, de faire disparaître également la question de la répartition et surtout de faire oublier que notre économie a toujours besoin de soutiers mais qu'elle n'est plus prête à les rémunérer correctement.

Enfin la politique elle-même ne s'est pas grandie en faisant également disparaître les classes populaires, et en particulier les ouvriers, de ses représentations. En visitant le siège du PS il y a quelques mois, une exposition historique montrait des affiches figurant des ouvriers, chose presque impensable aujourd'hui (n'est ce pas Dan ?) Si le parti a perdu leur vote, et celui des employés, c'est qu'il ne recrute plus chez eux mais qu'il n'assume plus d'être la voix des moins favorisés, et de le montrer.

Tant qu'il n'y aura pas une autre conscience de la réalité au PS et ailleurs, et justement une solution viable pour rééquilibrer les revenus du travail et soutenir les moins riches, les dites classes populaires ne seront pas enthousiastes pour signer de leur propre vote leur avis de marginalisation - et ce n'est pas les apparitions d'une nouvelle madone qui fera passer longtemps la pilule. C'est pour cela qu'il y a eu le non au référendum : pas un problème de pédagogie, plutôt la conséquence d'une trop bonne compréhension.

L'usage du blog

Je veux bien reconnaître que cette période de vide blogesque contraste avec mes habitudes. Au début, je n'envisageais même pas de ne pas publier un billet tous les jours. Au pire, dans l'impossibilité d'en faire plus, je lardais la page de liens vers mes productions précédentes. Puis, une fois installé, cette auto contrainte qui m'a quand même permis de lancer la bête m'est apparue moins essentielle, et je me suis laissé de plus en plus le droit de ne rien écrire, pendant un, deux, trois ou carrément six jours comme maintenant.

Cela tient à un emploi du temps plus que chargé et même un peu démentiel, mais c'est aussi le reflet d'un manque d'inspiration qui suit la fin des primaires du PS. Je n'ai pas envie d'épiloguer là-essus plus que de raison : ni de dire que je vais quitter le PS pour militer contre la démagogie, ni dans l'autre sens me joindre aux injonctions au rassemblement. Et ce d'autant plus que le score spectaculaire de la dame du Poitou, s'il la sert evidemment, n'est pas de nature à me faire oublier mes doutes quant à sa capacité à tenir la longueur.

Il faut donc parler d'autre chose. Or, comme je ne suis pas particulièrement inspiré - encore la faute du travail, et loin d'avoir l'esprit suffisament disponible pour espérer que cela change rapidement, cela va me prendre un peu de temps. En attendant, je préfère me taire.

Mauvais perdant

Lettre ouverte de M. George, de l'amicale des producteurs de Beaujolais nouveau, à M. Hollande, Premier secrétaire du Parti Socialiste.

Monsieur le Premier secrétaire,

Vous n'êtes pas sans savoir que depuis de nombreuses années déjà, le troisième jeudi de novembre est consacré au Beaujolais nouveau, devenant ainsi une journée de fête populaire, plebiscitée par les Français. Combien de bars-tabac décorés au couleurs de la vigne, combien de patrons d'auberge déposant à minuit le tonnelet traditionnel sur leur comptoir, combien de clients qui oublient leurs soucis quotidiens pour se retouver autour d'un verre de ce vin frais et vivement coloré, fier produit de notre terroir ?

Cela ne vous a cependant pas empêché, sans la moindre consultation - ce qui jette d'ailleurs le discrédit sur les méthodes participatives que vous vantez, d'organiser votre propre fête populaire, sous le nom de "Primaires" quand nous parlons de "primeur", et d'accaparer toute la couverture médiatique traditionnellement dévouée aux images de liesse dans les bistrots et aux plans sur les cartons de vins destinés à l'export vers l'Asie. Ainsi, empiétant sur le temps de nos tradition, vous nous causez un préjudice inestimable, dont nous vous demanderont peut-être de répondre devant la justice.

Et ce d'autant plus que nous ne doutons pas que le juge sera sensible au plagiat qui vous caractérise. Ainsi, comme nous, vous tentez de changer l'image d'une corporation vieillissante en vantant la "nouveauté". Comme nous, vous privilégiez un produit industriel largement fait d'arômes artificiels (de bananes et de cerise dans notre cas, de blairisme et de populisme dans le votre). Comme nous, votre principal produit est soutenu par une couverture médiatique massive et systématiquement favorable. Comme nous, toute attaque sur la qualité de votre produit ne sert qu'à renforcer sa notoriété. Et enfin, comme nous, vous mettez sur le marché un produit qu'il vaut mieux consommer rapidement, au risque de le voir devenir imbuvable au bout de quelques mois.

En espérant que vous comprenez notre souci, et sans préjudice des actions déjà mentionnées, qui dépendront de l'estimation de notre perte de chiffre d'affaires, j'espère vous avoir convaincu de ne pas organiser vos prochaines primaires le troisième jeudi de novembre.

En vous priant d'agréer, M. le Premier secretaire, l'expression de mes salutations distinguées,

M. Georges

Président de l'Amicale des producteurs de Beaujolais nouveau.

Punis par où ils auront péché ?

Je ne voudrais pas être à la place d'un militant socialiste indécis. Etre soumis à la tentation Ségolène, et entendre tous les jours qu'il faut rallier la voie de la majorité, puisque la seule chance de gagner c'est elle, et que s'il vous plait autant que cela se fasse au premier tour, dans l'intérêt de tous, évidemment. D'entendre que les élections ça va cinq minutes, et les campagnes c'est un truc de challengers, c'est pour ceux qui ne sont pas abonnés au plateau de TF1, alors qu'ils fassent pas chier, eux qui incarnent l'ancien parti.

Je ne sais pas vous, mais moi, ce diktat de l'unanimité, il me gonfle. Cette façon de dire "choisissez pour gagner", en sous-entendant lourdement que ne pas se plier aux prophéties autoréalisatrices des sondages c'est nous condamner à travailler pour Sarko, je trouve ça insupportable. Tout comme cette campagne ubuesque, fondée sur un mensonge flagrant puisque ce ne sont pas ceux qui débattent le mieux ou qui savent articuler leurs idées qui seront choisis, mais qu'au contraire la compétence et l'expérience ne pèsent rien face à l'attrait de la nouveauté.

Je ne voudrais pas être à la place des indécis, et j'espère qu'ils se garderont de la tentation du concours de beauté (keynésien). Parce que voter, non selon ses propres préférences, mais pour ce que l'on croit que les autres vont préférer, risque de se révéler doublement décevant. D'abord parce qu'il n'est jamais agréable de se renier au profit d'une stratégie électorale, ensuite parce qu'ils risquent de le regretter quand le bouclier de la popularité de Royal finira par s'effondrer, ne leur laissant que leurs yeux pour pleurer et une candidate incapable de s'exprimer pour remonter la pente.

C'était déjà le sens d'un billet de janvier qui comparait Royal et Kerry, à l'époque où Ségolène "avait toute ma sympathie", soit avant que je ne la voie à la télé - et avant que la permanence de sa popularité ne devienne une sorte de talisman qui semble pouvoir durer toujours. C'est aussi l'intérêt des comparaisons - qui était ce Delanoë dont personne ne voulait à Paris alors que Lang était si populaire ? Qui était ce Balladur qui avait déjà gagné l'élection avant que Chirac et son prophète Todd ne surgissent en gagnant sur la gauche - d'ailleurs la réapparition de Todd fait peut-être signe : Ségolène fera-t-elle perdre la gauche ?

Il y a sûrement de bonnes raisons de voter Ségolène, pour la décentralisation par exemple, ou pour faire passer un agenda blairiste, et de plus mauvaises comme foutre les profs au boulot (hum). Mais s'il y a une mauvaise raison, c'est bien celle qui ferait qu'on abandonne ses convictions ou son jugement individuel au nom d'une efficacité qui reste encore à prouver.

(Par contre, il y a forcément plein de bonnes raisons de voter DSK, mais je suis partisan).

La fin des citoyens experts

L'affaire de la vidéo soi-disant pirate de Royal brocardant les profs me fascine. Pas seulement pour l'espèce de retournement spinistique qui ramène l'épisode à un coup bas, et va jusqu'à prétendre que Royal n'a pas dit clairement ce qu'on a entendu ! Ce retournement n'est pas forcément étonnant quand on a une presse qui se gargarise du "débat" au PS tout en se shootant à l'odeur du sang, et parle avant tout des sifflets (mérités) du Zénith ou du "machisme" des opposants de Royal. Qui aurait pu croire que la victimisation puisse marcher aussi bien, et permettre de prendre à l'envers chaque insuffisance de la candidate, de la campagne faite exprès pour l'enfoncer aux affreuses manipulations dailymotion ?

Ségolène est bonne ? On vous l'avait dit. Ségolène est mauvaise ? C'est la faute au machisme, ou c'est parce que ses opposants défendent la politique à l'ancienne, celle avec des orateurs, voyez. Le système est clos, et tourne parfaitement, au point de tuer tout ce qui n'est pas dans le plan de comm, à commencer par la vidéo sur les profs.

C'est marrant comme le débat aurait pu être intéressant, puisque pour une fois cette provocation n'était pas calculée pour se démarquer du PS, mais reflétait une idée sincère des problèmes de l'éduc nat. Encore plus fort, il y avait aussi du bon dans son discours (si, si), surtout quand elle dénonçait le système de soutien scolaire privé, qui vit grassement des réductions d'impôts réservées aux plus aisés. Mais le débat n'aura pas lieu, car il n'était pas prévu, Ségolène n'entendant certainement pas taper sur les profs avant la fin de la campagne interne.

Et c'est dommage, car cette vidéo illustre magnifiquement les contradictions du système Royal. Rappelez vous les citoyens experts, la sagesse du peuple, tellement injustement méprisé par ces élites énarques qui nous gouvernent ? Et les jurys citoyens, hein ? Beau foutage de gueule en vérité, déjà lorsqu'il consiste à prendre appui sur l'anti-élitisme rampant en oubliant opportunément d'où on vient, et surtout quand il devient clair que certains sont finalement plus experts que d'autres.

Ainsi les profs : va-t-on les associer au débat ? Va-t-on faire appel à leur expertise pour savoir s'il existe un moyen de lutter contre l'échec scolaire ? Que dalle. Chez Royal, les profs ne sont pas des citoyens, ce sont des corportations nuisibles qui défendent un système passéiste qui leur profite puisqu'ils trouvent le temps d'aller bosser en plus pour Acadomia. Pour Royal, les profs feront 35 heures au collège, et du soutien scolaire gratos au passage, car tel est notre bon plaisir.

Les propos n'étaient pas destinés à être publics, mais ils révèlent parfaitement l'approche Royal, et la clé de son succès sondagier, c'est-à-dire la réforme balancée d'en haut, téléguidée par le gros bon sens qu'on retrouve dans ses déclarations élégamment qualifées d'iconoclastes (ce qui sonne mieux que démago). Ce n'est pas Désirs d'avenir, c'est la femme providentielle qui signe le retour d'une bonne vieille figure de la politique française. La ségo touch consiste à promettre enfin les réformes que chacun appelle, tant qu'elle ne concernent pas son pré carré bien sûr.

L'enfer du trentenaire

Histoire de parler d'autre chose : cette semaine, comme chaque semaine, en descendant dans le métro, je prends avec dégoût (mais aussi avidité) la feuille de chou financée par la RATP : A Nous Paris, ou ANP pour les vrais branchés. Comme d’habitude, je suis saisi par le désarroi que m’inspire cet objet pourtant insignifiant. Je n’ai pas l’intention d’en rajouter sur le mode : ce torchon concentre toute la connerie "bobo-canal saint martin", on le sait déjà, c’est même devenu un lieu commun de la Kulturkritik de taper sur ce genre de cible.

Ce qui m’interpelle, au-delà de la nullité criarde du propos, c’est que ANP reflète bien, sur un mode certes mineur, certaines tendances contemporaines du bullshit brillamment défini par Harry Frankfurt. Un exemple : l’usage constant, et emphatique, du "on" / "nous" dans les textes d’ANP (exemples : "disons-le tout net, le high-tech, ça nous simplifie la vie" ou "cet été, pendant qu’on se la coulait douce…"). Comme Heidegger l’avait déjà montré dans un texte célèbre, l’unanimisme débilitant que produit le "on", est en réalité un profond vecteur d’angoisse.

A fortiori quand ce "on", sujet d’ANP (donc en gros le "trentenaire de l’Est parisien"), est écartelé par des prescriptions contradictoires. Ce malheureux est effet la victime de nombreuses doubles contraintes : être un parent super cool et un clubber super cool, être bio/équitable/de gauche et riche/accessoirisé/frivole, être urbain et être néo-rural, être "speed" et être "zen", bouffer tout le temps dans des restos et faire la bouffe dans son appart cocoonné… et ainsi de suite. On vit ici sur un mode infernal, et tapageur, ce que la sociologie nous dit plus gravement de la dissociation identitaire de l’individu à l’époque contemporaine.

Ce flottement se reflète dans les "personnalités" mises en vedette par ANP. Exemple-type : Charlotte Gainsbourg. Figure polyvalente, en effet : chanteuse nulle (même l’habillage luxueux de Air ne peut pas faire oublier ce qui lui sert de voix), modèle au rabais (pour Gérard Darel, dont le nom évoque furieusement une enseigne de prêt-à-porter à Issoudun dans les années 70), actrice exécrable (que ceux qui ne sont pas d’accord voient ou revoient l’abominable Love Etc, de Marion Vernoux, excellent concentré de cette cuculerie "intimiste" qui gangrène le cinéma français et dans laquelle Charlotte G. excelle). Pauvres trentenaires, réduits à admirer ces "touche-à-tout" vacillants et faussement timides. Aveu involontaire du journaliste interviewant Charlotte G. : "vous avez conscience d’être une sorte d’icône ?" C’est moi qui souligne.

Parole, parole

(Texte de Dan et pas de Guillermo, désolé !)

Je réagis au dernier post de Guillermo sur l’appauvrissement du discours politique (j’aime bien cette forme un peu dialoguée, ça fait participatif, non ?). Juste pour dire que je suis globalement d’accord avec cette analyse, et, histoire de tirer un peu la couverture, pour la relier avec ce que je disais dans un billet précédent sur la question de la compétence. Au fond, c’est le même schéma. Il semble que la dénégation populiste de la compétence du représentant par le représentant lui-même, ou l’adoption d’un style de discours vulgaire et dépolitisé, révèlent en réalité la même chose : un mépris profond pour le "peuple", qui ne mériterait pas mieux que d’avaler ces marchandises démagogiques.

Reconnaître "l'intelligence" des citoyens, ce n’est pas répéter comme un mantra tautologique qu’ils le sont, pas plus que leur concéder charitablement un rôle "d'experts" subdélégués, qui ne tiendront de toute façon pas bien longtemps face à la bonne vieille technostructure. Respecter l’intelligence du citoyen, dans une démocratie représentative, c’est rendre possible qu’il exerce pleinement et en connaissance de cause son rôle d’arbitre de la compétition électorale, entre des projets structurés, cohérents, et revendiqués par des gens compétents pour les mettre en œuvre. Et, oui, je persiste, ça a quelque chose à voir avec la vérité en politique (et non pas la "vérité politique", comme le confondait maladroitement un commentaire : celle-là, on s’en doute, n’existe effectivement pas).

D'autant plus que des formes de plus en plus grotesques de falsification apparaissent durant cette campagne : mais enfin, qu’est ce que c’est que cette pantalonnade où on considère que balancer une vidéo relatant les dernières conneries de Mme R. serait une "manipulation de fin de campagne" ? Sont-ce des propos publics, oui ou non ? Ont-ils été effectivement prononcés, oui ou non ? Misère de cette stratégie qui consiste à lancer des énormités pour ensuite les réduire à des chausse-trappes posées par des adversaires. Et drôle de façon de respecter le citoyen, l'espace public, et l'intégrité minimale du discours politique.

Vie et mort du discours politique

Ce qui est effrayant dans la résistible ascension de Ségolène Royal, c'est combien elle signifie la fin du discours politique. Certes, la poitevine n'a pas initié la dégradation de la parole politique, mais elle est en une des formes les plus abouties.

Peut-être "qu'avant" il y avait plus de militants et des gens attachés à de grands principes pour lesquels ils pouvaient se mobiliser, à gauche ou à droite, et c'est à eux que s'adressaient les hommes politiques - mais sans doute cette exigence du discours passait dans l'ensemble de la société, et touchait aussi ceux qui cherchaient avant tout à défendre un agenda pragmatique. En tout cas il y avait une parole et une vision politique, qu'on retrouve en parcourant de vieux discours, que ce soit cette adresse extraodinaire de Jaurès à la jeunesse, ou (puisque je ne suis pas sectaire) ce discours fondateur de de Gaulle, ou encore à l'étranger l'incroyable Gettysburg address de Lincoln, le plus court et le plus marquant des textes.

Certes ces exemples datent et ne pourraient être transposés aujourd'hui dans une culture si différente. A quel moment les hommes politiques ont-ils commencé à larder leurs interventions, de plus en plus télévisées, de référence aux problèmes quotidiens, des plus sérieux (chômage et insécurité) aux plus triviaux ? Et quand ont-ils fait des questions pragmatiques l'unique sujet de leurs messages technocratiques, se mettant eux-même en scène dans une apparence de vrai gens histoire de mieux faire passer le même message, une ressucée de "je vous ai compris", tout en ramenant le pouvoir à la gestion ? Et quand ont ils senti le besoin de simplifier leur langue à l'extrême et de nous parler comme si nous étions des gros cons en manque de pédagogie ?

Il ne s'agit pas de dire que le quotidien n'est pas important et que le politique ne doit se contenter que de l'idéologie. Il ne s'agit pas non plus de faire comme si la télévision n'existait pas et qu'elle n'avait pas sa responsabilité dans ce double mouvement où le peuple est flatté tout en étant enfoncé dans ce qu'il a de plus médiocre. Il s'agit de faire justement le pari inverse, celui de l'intelligence, et de reconstruire une vision de la société qui dépasse les solutions à l'emporte pièce d'une Royal (et c'est bien parce qu'elle est populaire qu'elle peut dire n'importe quoi, et non l'inverse) et le schéma du triomphe petit bourgeois de Sarko, "un candidat pour les américains d'il y a 20 ans" comme le disait Todd dans une interview au Parisien.

Il ne s'agit pas non plus de croire qu'on puisse séparer le fond et la forme. Ces discours seraient ceux du temps des tribuns, tandis qu'aujourd'hui la télé imposerait de communiquer - comme le reproche pathétique de Bohringer à DSK - et de parler simple et direct ? Au contraire, c'est l'absence de vision et l'absence d'une pensée large de notre destin commun et de nos aspirations, aujourd'hui abandonnés à la sphère privée depuis l'incomplète émancipation post-68, qui explique la platitude et la bêtise des discours politiques.

Enfin il ne faut pas s'y résigner ; ce que je n'aime pas chez Royal, c'est qu'elle semble taillée par cette époque de médiocrité télévisuelle, alors qu'en bonne énarque elle n'est pas capable de parler à une foule ou à une caméra sans que se dégage un ennui profond. Et cela serait le renouvellement de la pratique politique ? Méfions nous de l'eau qui dort, et du retour de la vraie politique, celle qui porte une aspiration au-delà des questions quotidiennes, car c'est seulement elle qui peut entraîner la conviction.

La compétence c'est de la merde

Je suis presque d'accord avec Arnaud Montebourg quand il disait il y a quelques temps que "l’expérience et la compétence (...) sont un très lourd handicap : je vous rappelle qu’elles nous ont conduits à la catastrophe du 21 avril 2002", sentence gravée dans le fort pratique Petites phrases. En effet, il n'ya rien de pire que des politiciens arrogants qui causent en spécialistes et défendent leur bout de gras à coup de rationalité technicienne, avant de finir en regrettant de ne pas avoir été plus pédagogues. C'était un peu la posture de Saint Lionel engoncé dans son bilan, et certes cela ne l'a pas aidé ; et c'était surtout la rengaine insupportable des ouiouistes lors du réferendum sur le TCE. Là aussi, l'échec est patent.

Par contre, là où Montebourg se fout du monde, c'est qu'il prend tranquillement parti pour l'inverse et défend l'inexpérience et l'incompétence, qui est le prix de la nouveauté, plutôt que de risquer de faire vieux. Il voit bien qu'il a manqué quelque chose à Jospin, mais il se trompe : son problème n'était pas d'être trop compétent, mais plutôt d'être incapable de convaincre et de créer la moindre dynamique. Et il soutient Royal, qui est assise sur son tas de popularité fabriquée par TF1 et le Nouvel Obs, et qui espère qu'en en faisant le moins possible elle préservera son trésor de guerre jusqu'à la fin. Donnez-leur du marketing !

Il y a quelque chose de dérangeant dans la manière de confondre capital et dynamisme, comme dans cette volonté de fermer le débat au prétexte qu'il affaiblirait la seule qui peut gagner. Au fond les nouveaux royalistes ne veulent pas d'élection ni vraiment de démocratie, ils rêvent du plébiscite façon retour de Noriega, comme Villepin sorti des eaux se prenait déjà pour "le maraudeur" qui allait prendre la France à coup de trique. Ils ont raison de jouer sur l'enthousiasme, mais ils se leurrent s'ils espèrent que cela suffira. Comment Royal peut-elle convaincre, en dehors d'incarner visiblement le changement, si elle n'est pas capable de parler sans se faire siffler ?

Enfin, le refus de la compétence et de l'expérience, s'il vaut comme critique de la suffisance des experts, se teinte parfois d'un populisme déplaisant qui rappelle l'idéologie débile du "pas de prise de tête". Mais, qu'on le veuille ou non, dans ce monde à l'envers, la compétence de DSK, visé avec son compère Fabius par la saillie montebourgeoise, ne peut pas être un argument. Dont acte : c'est bien parce qu'il n'a pas peur des débats, et parce qu'il peut convaincre, lui, tout en respectant le minimum de cohérence intellectuelle nécessaire en ces temps démagogues, qu'il fait un bon candidat pour le PS. C'est toute la différence d'avec Jospin, qui n'avait pas voulu se fatiguer dans la campagne tant il l'avait l'oeil rivé sur l'horizon du second tour.

La promesse de la sévérité

A chaque fois qu'un fait divers sordide se pare des atouts du "sociétal", comme on dit aujourd'hui, on peut être sûr que la justice sera rendue ; pas parce qu'il existe une police d'investigation et une machine judiciaire pour trouver les coupables et organiser leur procès, mais parce que tous nos hommes politiques se précipitent pour dire combien ils sont outrés et combien la justice sera sévère.

Nous l'avons encore constaté après l'incendie du bus de Marseille. Il faut croire que si Sarko n'était pas monté au créneau, et si tout le monde, au pouvoir ou même parmi les rangs du PS, n'avait pas montré les dents, des flics paresseux ne se seraient pas fatigué à enquêter si loin de leur commissariat, et des juges démissionnaires auraient encore une fois fait montre d'une clémence extrême, excusant d'avance ces mineurs délinquants du fait de leur mal-être et des conditions difficiles de la vie en cité.

La fréquence de ces interventions nous fait un peu oublier combien elles sont a proprement parler inutiles. A quoi servent-elles alors ? En premier lui, à apaiser le sauvage en nous qui se sent pris tout à coup d'idées de lynchage aussi fortes que parfaitement virtuelles ; ensuite à combler le vide dû au temps judiciaire et nous permettre de patienter le temps que les auteurs soient arrêtés, et surtout d'ici au procès qui n'interviendra pas avant deux ou trois ans, au grand malheur des journalistes. Enfin n'est ce pas une façon de nous rassurer quant à la permanence de l'Etat ? Dormez tranquille, ces méchants sont vraiment méchants et on va faire quelque chose, car en ce domaine, l'Etat peut quelque chose.

Peu importe l'évidence, et peu importe la séparation des pouvoirs. Et ce n'est que la dernière manifestation d'une tendance horripilante au commentaire - puisqu'il faut à tout prix occuper le terrain, quelle que soit l'affaire, et que l'émotion soit sincère ou non. Pire, ils auraient tort de se priver, car le ministre qui n'est pas là pour promettre la sévérité ou des mesures d'urgence devant les caméras commet la seule faute qui peut lui coûter son siège - demandez à Mattei qui n'a pas fait semblant de bosser pendant que les petits vieux avaient trop chaud.

Bref, je suis juste étonné qu'on n'ait pas entendu de proposition de loi pour créer un délit spécifique d'incendie de bus.

Le retour du procès en sorcellerie

Tiens je sens que je vais relancer la vieille querelle de la gauche. Evidemment on ne peut pas arborer une étoile (grise, mais c'est pas grave), avoir "radical" dans le titre (et "chic" mais c'est pas grave) et rouler pour DSK. Quelle trahison ! Quel manque de courage, quel centrisme déprimant !

Bref, il faut vraiment être un bobo ou un con pour voter PS, et croire que les choses vont changer, alors qu'on les a vu, au pouvoir, les socialistes. Voyez plutôt ce que propose le facteur, et la magnifique inventivité démocratique des collectifs ! Formidable les collectifs. Ils sont contre le libéralisme et en toute bonne logique proposent de le supprimer, ce qui permettra de financer enfin des services publics libres de toute contrainte économique.

Et pourtant il y aura toujours des réformistes et des révolutionnaires, et les réformistes seront toujours la première cible des révolutionnaires, puisque ce sont eux qui limitent de facto la possibilité d'un grand soir. Abandonnez la révolution, ou des réformes brutales, et vous voila taxé de bourgeois, puisque ce n'est parce que vous avez intérêt au système que vous le défendez, non ? Et c'est ainsi qu'on règle le problème, en opposant les hauts principes et la raison éclairée à toute forme de pragmatisme, qui n'est que le début du renoncement.

Il se trouve que j'ai pu partager et que je partage certaines idées de la vraie gauche (j'adore cette expression), que je lis toujours (merci Rezo) ses débats, et que je continuerai à y chercher des idées. Ce que j'apprécie dans la vraie gauche, c'est qu'elle est la seule (à part l'islam militant...) à porter une critique de la société de consommation, de la course à la thune et des médias débiles. La seule à défendre des valeurs au delà de l'enrichissement pour ceux qui le méritent, et de la merde pour ceux qui n'ont qu'à se bouger.

Il n'empêche que je ne serais jamais radical (et encore moins un "radical-chic" de plateau télé façon Besançenot / Autain...) Justement parce qu'il y a l'idéal et le réel. Il n'est pas permis d'abandonner l'idéal, il n'est pas non plus permis de croire que l'idéal puisse triompher parce que des gens de bonne volonté et éclairés par la théorie pourraient changer les choses à condition de détenir tous les pouvoirs. Il se trouve que l'économique échappe au politique, ce que beaucoup regrettent, mais le pouvoir d'organisation du marché n'a pas d'équivalence, et l'affronter directement ne ferait que nous appauvrir sans pour autant nous délivrer de ses conséquences dangereuses. C'est pour ça qu'avant même d'afficher mon parti-pris pour Strauss Kahn, j'avais déjà adhéré au PS.

Je pense par contre qu'il existe de nombreux points communs entre certaines idées radicales et un gouvernement réaliste de gauche. Je crois qu'on peut aller beaucoup plus loin, avec de simples lois et quelques outils fiscaux, pour peu qu'on veuille avoir un peu de courage politique. Rien n'empêche de surtaxer les loyers trop chers, rien n'empêche de taxer les licenciements et le travail précaire, rien n'empêche de substituer le capital d'Etat là où le capital privé est trop pressé de délocaliser pour ne pas baisser son taux de rentabilité, rien n'empêche de supprimer les niches fiscales qui sont profondément injustes et les incitations à l'épargne qui sont contre-productives, rien n'empêche de mettre en place une vraie écotaxe qui rende véritablement couteuses les bagnoles polluantes et qui fasse payer aux passagers le prix que le transport aérien impose à la planète. Certes, tout cela n'est pas (encore) dans le programme de DSK, et certes à chaque fois il y a des intérêts et bien sûr (chantage connu) des emplois en jeu, mais c'est la règle du jeu et c'est par là qu'il faudra aller.

Bien sûr, c'est du pragmatisme, on ne fait qu'encadrer le marché, et non le supprimer. Et cela n'empêchera pas les usines de fermer en France et d'ouvrir en Chine - jusqu'à ce que le prix du transport devienne vraiment prohibitif. Le vrai problème, c'est surtout que la théorie ne peut pas produire de système politique stable et encore moins distribuer de la prospérité - et là je retrouve la franchise strausskahnienne qui rappelle simplement qu'on ne peut pas redistribuer avant d'avoir produit.

TF1 sans le son

Expérience curieuse que ce 20 heures déformé : dans un bar, sans le son, sur un écran trop large (et plat comme l'époque les aime), et moi qui regarde environ 10 secondes par minute tout en parlant d'autre chose. Reste que je n'avais pas vu de journaux télé depuis des lustres, et en dehors de ce que je savais déjà - la France avant le monde, les faits divers avant le reste - je suis frappé de voir combien les images du 20 heures sont grises.

Hors les fictions, les images télé appartiennent à deux espèces : les pubs et les plateaux. Et les deux sont des mondes artificiels, que cela soit revendiqué - les plateaux - ou que l'artifice tente de s'imposer comme la réalité, ou au moins l'objet des désirs collectifs - les pubs. Or chez Harry Roselmack (de l'espèce du plateau, apparence impeccable et irréelle) les reportages vous balancent de la vraie France : un nombre incroyable d'images d'attente, pour figurer les endroits où quelque chose se passe, ou plus souvent ne se passe pas - les cités HLM, les ronds points, les commissariats, les hôpitaux.

Des plans larges, avec beaucoup de macadam, qui sont progressivement habités par des vrais gens ou des flics. Les vrais gens parlent peu de temps à la caméra mais ont toujours l'air choqués et passifs, les flics, eux, sont dans l'action, ils déambulent, frappent aux portes, trimballent des suspects. Du coup l'arrivée de Sarko, dans un reportage sur le drame du bus brûlé de Marseille, est d'un grand naturel. Après avoir vu un dizaine de képis et autant de gyrophares, on commençait à se demander ce qu'il foutait - heureusement le voila, sans doute en train de promettre de la sévérité (c'est sûr que les juges, eux, auraient sans doute promis de la clémence, on les connait tiens).

Cela dit, si la France des faits divers est particulièrement glauque, le reste du monde n'attire pas tellement ; inondations en Turquie, chutes de neige en Allemagne, reportage curieux sur les places de stationnement en Angleterre (?), il ne fait pas bon passer les frontières quand on regarde TF1. C'est sans doute pour cela qu'on nous console enfin, avec des images des gamins en train de faire des découpages, et un sujet encore plus sympa montrant une sorte de bucheron parlant et plaisantant avec des "jeunes" en adidas. Cela devait faire partie des reportages "positifs" que les rédactions s'imposent pour ne pas être accusées de mettre le feu en banlieue.

Curieusement, toutes ces images sentaient le déjà vu. Les routes, les bâtisses, les champs, les flics et les gens, et même les inondations : rien de neuf. Du coup je comprends moins cette obsession de l'image, cet impératif de "voir pour le croire" qui semble être partagé par tout le monde, puisqu'on ne voit que ce qu'on connait déjà (et je parie qu'on ne regarde pas ce qu'on ne connait pas). Pourquoi alors se précipiter devant sa télé ? Je sais que la vraie finalité de l'information est de divertir et de se sentir partie d'une communauté, mais pourquoi absolument se presser pour voir ces images qui, hors événement extraordinaire façon 11 septembre, sont complètement vaines ? A croire qu'au fond TF1 cherche à rassurer quant à la permanence des choses : circulez, y'a rien à voir.