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radical chic

Lecture d'été : Rêves de droite

Je n'ai jamais tellement aimé l'idée des "lectures d'été", où sous prétexte d'un bienheureux relachement du corps, de la distance prise avec le travail et les servitudes du quotidien (pour ceux qui ont cette chance), il faudrait se laisser aller à lire de la merde, comme si la littérature de qualité était gage d'effort et d'ennui. Cependant, même les partisans du moindre effort gagneront, entre deux polars, à lire le petit livre de Mona Chollet, Rêves de droite, vaincre l'imaginaire sarkozyste, chez Zones. C'est très abordable, et il y a au moins trois bonnes raisons de s'y coller, rapidement.

D'abord, l'ambition de l'ouvrage place le débat exactement là où il doit être : l'idéologie, stupid. Quand Mona Chollet dit que la gauche (la sienne n'est pas exactement la même que la mienne, mais bon) n'ira nulle part en se contentant d'un "catalogue de mesures" et surtout "en faisant l’économie d’une réflexion en profondeur sur les représentations et sur les valeurs qui les sous-tendent", elle tape dans le mille. D'un point de vue tactique, se contenter de trouver la bonne mesure "de gauche" style SMIC-à-1500-euros ou nouvelle-branche-de-la-sécu conduit forcément à l'échec quand tout le monde est intimement persuadé "qu'on ne peut pas se le permettre". Et au delà des questions électorales, quel pouvoir de mobilisation ont les "mesures" ? Quand la gauche pense se rattraper "par le terrain" et le faire savoir lors d'émissions débats à la con destinée à exciter les intérêts particuliers, elle va à sa perte.

Face à la logique narrative de la droite - le fameux storytelling, la mise en avant des réussites personnelles et l'obsession du classement, que raconter ? La force de l'idéologie de droite, c'est d'avoir renversé la perspective :

Dans le modèle marxiste, le travailleur est invité à se défaire de la mentalité servile et autodépréciative qui lui interdit de comparer son sort à celui des nantis pour revendiquer sans complexes le partage des richesses. En même temps, il s’identifie à ses semblables, salariés ou chômeurs, nationaux ou étrangers, envers qui il éprouve empathie et solidarité. Le génie du libéralisme a été de renverser ce schéma. Désormais, le travailleur s’identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l’immigré toucherait des allocs et pas lui, le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui se lève à l’aube pour aller trimer…

Curieusement, si on peut dénoncer la vacuité des "mesures", il ne semble pas que la gauche manque d'idéologie.... mais pourtant celle-ci tourne à vide Comment se raccrocher à la vulgate marxiste, ou à des mots devenus creux à force de ne plus être élaborés, comme la "solidarité" ? On dirait que tout ce que sait faire la gauche, c'est annoner : "défense du service public", c'est l'exemple parfait du slogan creux qui ne convainc plus personne et se retourne contre la gauche en la coupant du monde réel. Une sorte de ringardisation est à l'oeuvre, faute de savoir argumenter à partir de nos valeurs (à l'extrême gauche), sans compter la grosse partie du PS qui n'ont de cesse que de donner des gages de "modernité" au camp d'en face.

Ensuite, la force de l'essai vient de ce qu'il regarde au delà de la politique, abandonnant l'idée d'une sphère du bavardage qui serait imperméable aux influences de la société, et aux discours dominants produits par les institutions culturelles :

l’« industrie du rêve », elle aussi, coupe l’herbe sous les pieds de la gauche. Car elle produit du rêve, certes, mais aussi, à part quasiment égale, de la haine de soi. Elle apprend au public que tous ceux qui ne correspondent pas à ses critères de richesse, de pouvoir, de succès, d’élégance vestimentaire et/ou de perfection plastique sont ringards et méprisables ; en lui étalant au visage la réussite et la félicité de ses stars, elle l’humilie, elle entretient sa rage et sa frustration.

Enfin, j'apprécie énormément la capacité de Chollet à affronter la réalité. Cette réalité, elle en connait le pouvoir démobilisateur qu'elle a longuement abordé dans son précédent essai, mais elle ne cherche pas à la faire disparaître, surtout en ce qui concerne nos valeurs : nous ne sommes pas des curés, et même certains parmi les plus militants succombent aux plaisirs de la consommation, ou jouent le jeu du système quand leur intérêt personnel décide. A quoi bon ériger des murs théoriques quand ce ne sont pas les pratiques qui les dénoncent (vieille critique de la gauche caviar...) mais les rêves et les valeurs individuels ? Bref, si la contagion du mal touche même les partisans d'en face, il faut au moins en tenir compte pour chercher à le dépasser.

Que faire, alors ? Là est toute la difficulté. Il n'y a pas de solution évidente, mais le premier travail consiste à revaloriser une individualité qui ne s'exprimerait pas par la réussite matérielle. Ensuite, il va bien falloir dépasser cette vision irrédentiste de l'individu se suffisant à lui-même, acteur unique de sa propre réussite, pour souligner combien il doit au collectif. Sortir de l'individu faussement individuel pour revaloriser l'action collective - et le plaisir de l'action collective - et s'attaquer au matérialisme : deux axes qui devraient fonder toutes les stratégies de reconquête de la gauche.

Sur ce, bonnes vacances !!

L'été sera UPM

Je dois avoir l'esprit mal tourné, mais cette "Union pour la Méditerranée", que veut-elle dire ? Pourquoi ce "pour" qui sonne comme un objectif, comme si la Méditerranée n'existait pas avant les bricolages diplomatiques de Sarkozy ? "Pour" ne peut que s'appliquer à l'union... bref ce nom ne veut rien dire. Quant à l'abréviation, "UPM" est absolument grotesque, à ce rythme l'UMP - dont c'est le nom à peine inversé qui rode en filigrane dans cette nouvelle "union pour", l'UMP donc aurait du s'appeler l'UPMP, et d'ailleurs ce redoublement débile du P aurait pu servir d'avertissement aux électeurs.

Il n'empêche que ce magnifique "succès" et ce "jour de fête" - comme le titrait le Parisien ce matin, placé sous l'égide d'un dictateur et qui culmine dans la promotion conjointe de Sainte Ingrid B. et de Jean Réno à l'ordre que l'on sait, tombe à point nommé pour enclencher un nouveau cycle de lèche. On retrouve, soleil oblige, quelque chose de l'atmosphère festive de l'été dernier, alimenté par la même dithyrambe journalistique. Comme s'il n'était pas possible de continuer à critiquer le pouvoir, qui ne s'est pourtant renouvelé en rien, n'apporte aucune réponse aux demandes des Français et se contente d'en rajouter dans l'arrogance.

C'est l'été, période propice pour passer des lois antisociales tandis que la télé se préoccupe de la qualité de l'eau sur les plages et que la presse magazine, dans un élan conjoint qui fait plaisir à voir, propose de nous dire "tout sur les riches". J'ai d'ailleurs une pensée pour les journalistes du Point, s'il en reste un ou deux pour qui ce mot a encore un sens, obligés de voir leur journal se rouler dans la fange pour accrocher quelques blaireaux en transhumance dans les relais H. Le Point faisant la pute, c'est peut-être ça la "victoire idéologique" de Fillon ?

La meute

Je trouve que l'agressivité des sbires qui entourent Sarkozy n'a plus de limite. On demande des excuses quand Carolis parle d'une comparaison "stupide" entre télé privée et télé publique, car c'est le Président qui l'a dit et on ne doit pas mettre en cause la parole présidentielle ? On lache les chiens contre Royal parce qu'elle touche à l'union sacrée autour de Sainte Ingrid et rappelle, hou la vilaine, que Sarkozy n'a rien fait pour la libérer (effectivement) et n'a pas à tirer la couverture à lui ? Peut-être que Royal exagère quand elle fait un lien entre le cambriolage de son appart et le clan Sarkozy, mais ce n'est pas une raison pour la traiter de folle ("elle perd ses nerfs", comme l'on dirait d'une patiente de Charcot à la Salpetrière).

Depuis un ou deux mois la tactique du gouvernement est toujours la même : on balance du flan aux caméras, on laisse la presse enquêter sur "l'effet Carla" et autres conneries, on joue l'union sacrée autour de Bétancourt en insultant ceux qui osent remettre en cause cette nouvelle chape de plomb, et pendant ce temps - et à l'apporche des vancances - on envoie chier les syndicats - tournant le dos aux promesses faites, on se fout des grévistes en se félicitant qu'on ne parle plus d'eux, on nique les RTT des cadres, on s'attaque encore à la loi SRU pour protéger Neuilly et on "propose" de supprimer 13500 postes de prof en plus.

Depuis le début on sait bien que ce n'est pas de la réforme mais de la casse pure et simple, allant bien au delà du démontage des 35 heures (dont on affirme encore et toujours que c'était une "catastrophe" pour l'économie, comme s'ils pouvaient le prouver) comme le montre le vote sur le temps de travail des cadres : parler d'un un "maximum" de 282 jours travaillés par an relève purement de la provocation et le plafond plus réaliste de 235 jours entrainerait théoriquement la suppression des jours fériés. Seule joie mauvaise, je suis content pour les crétins dynamiques qui ont voté pour ce gouvernement de guerre sociale la fleur au fusil, et qui se retrouvent également sacrifiés sur le front de la compétitivité.

A se demander si Royal n'a pas raison quand elle dit sur RTL :

"On se croirait revenu sous l'Ancien Régime où le roi s'amuse, le roi dilapide l'argent, le roi soigne ses amis, le roi enrichit ceux qui sont déjà riches (...) Pour lui, l'argent n'a pas d'importance puisqu'il croule sous l'argent".

Tout est dit

"Nous ne supportons plus de voir nos jeunes croupir dans ces écoles de merde dont ils sortent contestataires, fainéants, incultes, le cerveau matraqué de propagande gaucho-socialisto-marxiste."

Fallait pas toucher au nom du collège... l'occasion de lire un beau concentré de pourriture régionalo-fasciste.

(à part ça, pas le temps de raconter des trucs, désolé).

L'anecdote insignifiante du vendredi

On demande à un môme de CM1 d'illustrer, entre autres sentiments, la méchanceté. Il rapplique avec une photo de Sarkozy, ce qui est plutôt rigolo, et dénote que ses parents sont caustiques. L'instit ne fait pas gaffe, ou alors, comme ces manifestants de France Télévision, n'a pas vraiment le sens du service public ; toujours est-il que le collage est affiché dans le préau. Cela aurait pu passer inaperçu, sauf qu'un parent d'élève a pris soin d'écrire une lettre "non anonyme" à l'Elysée pour s'inquiéter d'une "atteinte à l'image du chef de l'Etat". La machine est lancée, l'inspection intervient et l'enseignante sera sans doute "remontrée".

Je trouve cette histoire charmante. Le gamin (ou sa famille) qui en arrive à un tel mépris du chef de l'Etat qu'il le juge "méchant", ce qui vaut tous les mauvais sondages du monde. L'instit qui refuse, consciemment ou pas, de relever le truc, ce qu'elle aurait dû faire, gentiment ; voilà une scène touchante, qui m'en rappelle une autre, sans doute apocryphe : la concierge de mon école élémentaire aurait, parait-il, craché sur le portrait de Giscard une fois celui-ci battu, avant de le retourner. Il faut dire que le peuple français aime voir les têtes tomber, et que notre vieux fond égalitariste se moque bien du "respect" au chef de l'Etat.

Par contre je me demande qu'est ce qui a bien pu motiver le (la ?) parent(e) d'élève à écrire au château. Je comprends qu'on puisse trouver cela choquant, mais ne pouvait-t-on pas le dire à l'institutrice, ou à la directrice ? Une lettre "non anonyme", fort bien, car la flagornerie ne saurait se retourner contre l'expéditeur, mais à part ça ça pue la délation. Chef, chef, dans une de vos écoles du fin fond de la France, dans ce bastion gauchiste qu'est Albi, on porte atteinte à votre respectable figure. Et l'Elysée de réagir, et l'inspection de diligenter une "enquête", comme s'ils n'avaient que ça à foutre.

Voila une bonne pagnolade ; rien que d'imaginer l'inspecteur faire ses remontrances ("elle aurait dû profiter de l'occasion pour faire une leçon d'instruction civique") et la proportion dantesque que prend un événément aussi microscopique, je suis mort de rire. Ca tombe bien, c'est le week-end.

Bétancourt, tant mieux

Comme tout le monde, je suis très heureux pour Ingrid B. et ses collègues otages. Hormis les couloirs de la mort, je ne vois pas de pire peine que d'être retenu ainsi, sans jamais savoir si on sera en vie le lendemain ni si cela cessera un jour, et cette libération, dans une opération qui n'a de "militaire" que le nom, doit être saluée.

Comme pas mal de gens, j'imagine, j'en ai déjà marre de n'entendre parler que de ça depuis hier soir, et de me voir condamné à un tunnel bétancourien jusqu'au retour triomphal en France, sans compter la récupération un rien limite de Sarkozy qui - que je sache - n'a pas fait grand chose dans cette affaire, à part la remettre constamment à l'ordre du jour médiatique. A voir les messages sur le site du Monde (et quelle idée !) on est mûrs pour la demande de béatification.

Comme quelque personnes, je suis également content que cela se termine car j'en avais marre de cette manière de tire larme permanent, les enfants et "maman", le bouquin à "maman" (lire l'excellente chronique de Lançon à ce sujet), les gamins qui larmoient chez Sarkozy, et tout ce dégueuli d'émotion qu'on nous a infligé jusqu'à la lie pour continuer à mobiliser l'opinion. Je ne blâme pas la famille Bétancourt qui n'avait pas le choix, c'était jouer les travers répugnants des médias ou se condamner à l'oubli, mais ça devenait fatiguant.

Dérive pathétique de l'antisarkozysme

On vous promet un "dérapage", un sarko qui "se lâche", un off saignant, avec des "menaces", le tout en pleine polémique sur l'indépendance des médias. C'est assurément très grave, alors on regarde... Et on se tape 6 minutes de réglage son sur France 3 pendant lesquelles le patron se plaint, à un moment, d'un technicien qui ne dit pas bonjour. Voila toute la transcription des propos terriblement off, puisque tenus devant plusieurs journalistes, une maquilleuse et un technicien :

«Quand on est invité, on a le droit que les gens vous disent bonjour quand même, ou on n’est pas dans le service public. On est chez les manifestants… C’est autre chose. C’est incroyable. Et grave.» (...) «Ça va changer...»

J'ai coupé le petit commentaire du journaliste, "le Président termine sa leçon, et se montre cette fois menaçant"... Parce que sans ça, que voit-on ? Un type qui ronchonne parce qu'on ne lui dit pas bonjour, et qui tient des propos de comptoir. Un peu de beauferie de droite, mêlant "mauvaise éducation" et "manifestants", une vague paranoïa qui sent la colère alimentée toute seule. Et à part ça, le sarkoshow habituel, les tics, le prétexte foireux ("elle est à l'heure, votre horloge" ?) pour jouer avec sa nouvelle montre ("la plus chère du magasin"). Bref, rien de neuf.

J'ai l'impression que la gauche, faute de pouvoir éveiller l'opinion, s'égare à chercher des preuves tangibles de la mainmise de Sarkozy sur l'audiovisuel ; alors une querelle idiote devient une menace, la promesse d'une mise au pas de la télé publique, et les habituels défenseurs de la liberté et autres soldats du web en font leurs choux gras. Polémique débile et surtout terriblement contre productive, puisqu'à tous les coups cette anecdote sera retournée pour montrer que, vraiment, on fait des mauvais procès à Sarkozy, qu'on s'acharne sur des paroles en l'air et qu'on diffuse des choses qui n'auraient pas du l'être.

Je veux bien que la situation soit frustrante, de voir l'écart entre l'impopularité flagrante du pouvoir - malgré tout le baume médiatique qu'on lui passe à profusion - et l'apathie face aux "réformes" ; mais en revenir toujours à l'homme, à ses travers plutôt qu'à sa politique qu'on est incapable d'analyser, c'est encore parler de lui et ça finit toujours par lui profiter.