A propos
radical chic

Juste comparaison

Tout est dans la comparaison :

A l'UMP, Frédéric Lefebvre a soutenu la décision présidentielle, en saluant un "choix juste et humain". "Ceux qui dénoncent aujourd'hui la libération anticipée (...) de M. Marchiani qui (...) a participé en son temps à la libération d'otages français, sont ceux-là mêmes qui n'avaient pas hésité à libérer des terroristes ou des preneurs d'otages", a déclaré le porte-parole du parti présidentiel. "Chacun se souvient de la libération de membres d'Action directe alors même que ceux-ci avaient toujours refusé de regretter publiquement leur geste", a-t-il fait observer. (je graisse).

C'est quand elle est acculée qu'on reconnait la vraie droite décomplexée : Nadine Morano qui accuse le PS de se "mettre clairement du côté des assassins", ou l'ami Lefebvre, l'homme qui monte, qui compare l'incomparable : des libérations conditionnelles, de plein droit, accordées par la justice (et pas la grâce du monarque) après des dizaines d'années d'enfermement particulièrement éprouvantes, contre le coup de pouce à un copain du pouvoir. Et arrive à prendre une mesure légale et légitime - et même pour des assassins sans regrets - pour faire valoir le fait du prince.

Quitte à comparer l'incomparable - puisque Marchianni n'est pas un assassin, ni un terroriste - pourquoi ne pas penser à l'affaire Papon, où des socialistes ont naïvement voté un texte généreux pour protéger les plus vieux de la prison, que la justice a décidé d'appliquer avec une grande célérité à un criminel contre l'humanité plutôt en forme - criminel qui d'ailleurs n'a jamais émis le moindre regret - tout en oubliant de nombreux prisonniers ordinaires qui avaient pourtant passé bien plus de temps derrière les barreaux.

Notons au passage la lâcheté d'un président qui trouve (remarque, tant mieux pour eux) 26 comparses à gracier partiellement pour mieux faire passer la pilule du favoritisme ; est-ce le même qui refusait toute grâce collective type 14 juillet, y compris pour de petits délits, sous prétexte qu'il fallait arrêter d'être laxiste ? Est-ce le même qui promettait la diplomatie des droits de l'homme avant de recevoir tous les dictateurs possibles ? Oh pardon ça n'a rien à voir, comparaison n'est pas raison.


Et pour continuer de parler des choses qui n'ont rien à voir : "après tout, on a vu pire dans l’histoire" - donc bouclez-la, écrivent les "philosophes" qui ont eu le tort de discuter d'une mesure d'expulsion. Tandis que le pouvoir gracie ses amis, on peut se faire débarquer de force, menotté et se retrouver en garde à vue pour avoir simplement provoqué un peu de bordel dans un avion et avoir causé un retard d'une demi-heure. On apprend au passage que la PAF distribue des imprimés avertissant les quidams des risques qu'ils encourent (puisqu'il existe, en complément des habitels délits fourre-tout d'entrave et d'outrage, le délit "d'opposition à une mesure de reconduite à la frontière") si l'on s'oppose aux expulsions. Bref, interdiction de l'ouvrir, interdiction de protester, et cinq policier pour expulser deux sans-papiers. C'est la loi, et est-ce que cela a encore un sens ?

L'angoisse de la mixité sociale

Et voila : une baston dans le XVème arrondissement, un mort, des échauffourées avec la police, et que lit-on dans les commentaires d'un "journal de gauche" (j'ose pas aller voir ailleurs) ? Que c'est la faute de Delanoë qui a commis l'erreur de mettre des HLM dans les beaux quartiers, et que c'est bien la preuve que la mixité sociale est un délire de bobo, et d'ailleurs moi m'dame j'aimerais bien avoir un HLM dans le 15eme, moi qui travaille dur et qui vit à deux heures de Paris, au lieu qu'ils les louent à des prolos - basanés - qui d'ailleurs les dégradent.

Voilà bien une preuve du pourrissement du pays. Le problème n'est pas la mort d'un jeune ou les dégradations commises, le problème c'est que cela n'a pas lieu au bon endroit : chez nous, chez les bourges, dans le XVème. Si ça avait lieu dans le "9-3" (comme tout le monde s'amuse à dire), ç'aurait été normal, on sait bien que la banlieue craint. Mais là, Delanoë a importé des pauvres chez nous, et voyez s'qui s'passe, et si t'es pas d'accord avec moi c'est encore de l'angélisme tiens.

Bien sûr, aucune information précise : combien de "jeunes" dans ces HLM sont connus des flics, combien de familles posent "problème" à la communauté, et combien - l'immense majorité, j'en suis sûr - payent pour les autres. Aucune information, un incident, et hop c'est la preuve que les ghettos ont du bon, et qu'il faudrait construire une frontière plus étanche. Si on parle de ce crime, c'est qu'il permet de fabriquer une story médiatique bien calibrée : les barbares aux portes, et même déjà au coeur de l'empire, dans nos quartiers tranquilles. Que cela soit un cas ultra minoritaire et probablement non représentatif n'intéresse personne.


Je profite de ce dernier billet pour saluer la sortie du dernier numéro de Vendredi (avec un billet de votre serviteur dedans). Le temps est au retour sur l'année écoulée, et Vendredi reprend les opinions exprimée en ligne et choisies par leur soin. Je reparlerai de cet hebdo à l'occasion, le concept me semblant à la fois risqué et plaisant, et en tout cas j'ai plaisir à faire partie de leur sélection (et à être représenté par une poupée vaudou dans leur illustration !)

iSinges (2)

Suite à ce vieux billet, et juste en passant. Vous aurez noté que la grande nouvelle d'hier, publiée sur tous les sites d'information, commentée jusqu'à l'hallali n'est ni cette histoire de vrais-faux nationalistes afghans (sur le sujet : lire ça, via Rezo), ni la déroute de l'affaire Madoff, ni la suite de la reculade de Darcos, ni la crise en général ou en particulier, mais bien l'incroyable décision du Conseil de la concurrence qui... qui... dit que l'opérateur bidule ne peut pas être tout seul à vendre l'iphone.

Tempête dans les rédactions et surtout dans les commentaires, avec de nombreuses questions hyper-fondamentales : est-ce-que ça va être moins cher ? Et surtout est-ce-que je vais pouvoir acheter un iphone chez machin et chez truc aussi ? Et pas seulement chez bidule ? Et avant Noël, hein, que je fasse mon cadeau à temps, et le dimanche encore ?

Est-ce qu'il y a une nouvelle plus insignifiante, à part pour les commerçants et l'opérateur bidule et les quelques obscurs juristes de la concurrence ? Est-ce qu'il y a une chose dont on se fout plus ? Mais non. C'est essentiel, ça change la vie, ça remet en perspective des croyances établies, c'est un véritable choc. C'est ça aussi, la société de consommation, c'est la capacité à polluer les esprits en saturant l'espace médiatique, non plus seulement en parlant des produits, surtout pas de leur fabrication par des esclaves chinois, mais en commentant à jets continu la politique commerciale des vendeurs de produits. Belle avancée dans la connaissance universelle.

La Réforme, comme au foot

Sondage de merde comme tous les sondages en ligne sur le site du Figaro : "Darcos a-t-il bien fait de reporter sa réforme" ? "Non" à seulement 57%, voila qui est mollasson pour une question aussi bêtement identitaire. Car ne nous y trompons pas : la "réforme" de Darcos n'a aucun sens, si ce n'est de montrer à ces profs réactionnaires de quel bois la sarkozie se chauffe ; et c'est bien en cela qu'elle suscite une hostilité de principe, c'est une déclaration de guerre et elle est reçue comme telle.

Au fond, ce n'est plus tant de la politique que du foot : le ministre contre les profs. Le ministre, dans la grande tradition de l'éduc' nat', conchie les profs dont il est pourtant (si jamais le responsable des subventions européennes qui siège à l'Agriculture traitait les paysans avec la même condescendance, il n'y aurait plus une préfecture debout en France). Et quel meilleur terrain que l'éducation pour affirmer la valeur transcendante de La Réforme, elle si nécessaire, elle qui nous sauve ?

Alors bien sûr, Darcos qui "recule", c'est Darcos forfait, aussi bien pour ceux qui voudraient conquérir l'éducation nationale comme une province ennemie, que pour les élèves en lutte. On sentirait presque de la déception, si chacun ne se promettait de continuer le match, de faire passer la Réforme ou d'avoir la peau du ministre.

Contrairement à ceux qui s'amusent de la révolte floue et comme indistincte des lycéens, je note à leur avantage que chaque changement structurel de l'éducation nationale ne change en réalité pas grand chose, mais s'accompagne systématiquement d'une réduction significative des moyens. Comme si la "réforme", dont on peut discuter ad libidum de l'utilité (4 conseils de classe au lieu de 3 ? hum), ne servait que de paravent à de bonnes grosses économies (histoire de financer les banques ou l'expédition afghane ?)

Chacun sait que l'éducation nationale est en difficulté, qu'elle n'a pas résisté à la massification et qu'elle n'arrive plus à transmettre certains savoirs, comme l'orthographe, d'ailleurs en voie de ringardisation complète, ou la capacité d'expression écrite. Les profs en conviennent généralement, eux qui éprouvent souvent un plaisir masochiste à découvrir les énormités qu'écrivent leurs élèves, surtout dans les "bonnes" classes. Et l'école n'est pas seule en cause, puisqu'elle doit se penser dans un monde où l'écrit formel ou intime disparait.

Au lieu de tenter un débat sur ces questions difficiles, le gouvernement se contente de radiner sur l'école. Certes, les montants en jeu sont colossaux, mais quel peut-être le sens de réduire la présence des adultes dans les établissements difficiles, comme l'a fait Ferry, ou de supprimer des postes en allégeant les horaires (à moins que ce ne soit le contraire ?) La Réforme ne règle rien, et la réduction des moyens revient à compliquer encore une situation tendue de toutes parts. Réduire cela à un affrontement entre le bien et le mal n'a pas grand sens, mais cela semble le chemin le plus facile à emprunter dans la politique actuelle.

Lycéens : le modèle grec ?

On voit défiler des milliards, mais la vie est de plus en plus chère ici, plus encore qu’à Paris. C’est l’exaspération qui s’exprime (...) Aujourd’hui, même à 30 ans, on doit vivre chez nos parents. Sans eux on est rien. Et puis il n’y a pas de boulot, sauf quand t’es pistonné. Si tu as 700 euros à la fin du mois après plusieurs années d’études, estime toi heureux.

Ce constat est partout le même, et peut se poser grossièrement : précarité, impossibilité d'accéder à autre chose que des emplois déqualifiés, décalage flagrant entre les revenus et le coût de la vie. On se rend compte que la "génération 600 euros" en Grèce vaut bien les "mileuristas" espagnols ou la fameuse génération CPE ici. Et quand le mouvement lycéen devient plus sporadique et plus violent, sans mot d'ordre précis autre que l'opposition aux réformes Darcos, le gouvernement s'inquiète, et voit encore une fois la trace de sa nouvelle amie, "l'ultra gauche".

Oui, les réformes Darcos, pourtant discutables, ne sont qu'un détail dans le mouvement qui nait - la fameuse "insurrection qui vient". Le manque de perspective enviable joue un rôle autrement plus fort. Non seulement il n'y aura pas beaucoup d'argent pour les futurs travailleurs, ni de logement correct, mais pas non plus d'épanouissement ; la liberté d'accéder à des études passionnantes mais peu "rentables" en termes de choix professionnel conduisent à la radicalisation des enfants de la (toute) petite bourgeoisie, après celle des quartiers.

Et ce mouvement est politique : au delà des perspectives merdiques qui attendent la plupart des lycéens d'aujourd'hui, on voit croitre une contestation qui s'en prend à l'hydre à deux têtes : Sarkozy d'un côté, qui menace les libertés civiles, et le capitalisme (ou sa représentation fantasmée) qui n'offre même plus la compensation du confort matériel, devenu soudainement lointain. Et quand l'Etat recule, symboliquement dans les projets de remise en cause du bac, du lycée, de l'égalité entre les facs, et concrètement puisque les réformes de l'éducation visent surtout à faire des économies (en prenant prétexte des défauts du système pour mieux l'achever), la tension finit par monter.

Ce qui est en jeu, c'est Darcos et bien plus que lui ; c'est une nouvelle critique radicale du monde que nous avons construit, et cela ne passera pas en quelques jours. Le gouvernement va "tenir", puisque c'est dans la résistance à "l'obstruction" ou à "la rue" que se mesure pour lui son efficacité de bulldozer, mais le pouvoir va bien finir par devoir se coltiner l'accroissement de la misère morale.

Petits bourgeois contre demi-bourgeois

Quand je pense qu'il a fallu qu'un sénateur s'attaque courageusement au lobby du statu-quo pour qu'on découvre, médusés, la niche fiscale discrète bénéficiant aux parents isolés dont les enfants n'étaient plus à charge ! Toute l'iniquité, toute l'injustice, toute la déraison de la fiscalité française tient en ces quelques mots ! Comment ça, des mères seules, après avoir contribué à nourrir un ou plusieurs mômes pendant 15 ou 20 ans, continuaient à palper, des années après, les fruits de leur devoir ! Et pourquoi pas leur donner une prime de Noël tant qu'on y est ?

Heureusement, le sénateur qui hier voulait aider les petits porteurs pigeonnés, "obligés" de vendre en bourse au mauvais moment, désinformés même, va rétablir aujourd'hui la justice et l'équité. Et après avoir détaxé les successions, étendu le bouclier fiscal, et maintenu, modulo quelque vague plafond, les aides fiscales permettant de s'acheter des bateaux en franchise d'impôts dans les dom-tom, ou à devenir propriétaire de petits immeubles vides là où personne ne veut s'installer, la majorité s'attaque enfin aux scandaleux avantages des parents isolés - qui bénéficient de ce qu'aucun ont appelé une "prime au divorce".

Voila qui grandit, ensemble, gouvernement et sénateurs. Voila pourquoi les élections ont été gagnées : s'attaquer à la petite classe moyenne pour nourrir la bourgeoisie, et sortir enfin de notre fiscalité crypto-socialiste. Allez la droite !

"Droit de refus du travail le dimanche"

Il y aura un droit au refus du travail le dimanche, et ce dès l'an prochain, indique Xavier Bertrand dans Le Parisien. Dès la signature du contrat de travail, le salarié pourra refuser de travailler le dimanche. Sinon l'employeur sera sanctionné. Et si rien n'est prévu dans le contrat de travail, le droit au refus s'applique aussi. En plus, pour les salariés qui voudraient changer d'avis, il y aura un droit d'accès prioritaire à un poste sans travail le dimanche." Xavier Bertrand indique aussi que refuser d'embaucher quelqu'un pour ce motif sera "sanctionné", car il s'agit d'"une discrimination", a assuré M. Bertrand.

Comme c'est beau, cette loi qui protège les salariés ! Nous voila rassurés ! Bien sûr que les futurs salariés d'Ikea ou de la Halle aux Chaussures auront le choix, lors de l'entretien de recrutement, de préciser qu'ils ne veulent pas bosser le dimanche ! Mais nous comprenons très bien, monsieur Machin, pour Ikea la vie de famille est très importante ! C'est votre droit de refuser, ce n'est pas du tout rédhibitoire. Et... on vous rappellera, n'est-ce-pas ?

Quelle rigolade.

Ministre de la Relance économique

Pouvait-on trouver un intitulé plus ridicule, et une nomination plus politique ? A quoi servent Christine Lagarde et sa tripotée de secrétaires d'état ? S'il faut la virer et mettre un vieux soutier de l'UMP à sa place, soit, mais lui coller un ministre dans les pattes avec une feuille de route aussi ridiculement imprécise, c'est du grand n'importe quoi. On se demande bien ce que "la relance" va gagner de la guéguerre des égos qui ne manquera pas d'avoir lieu.

C'est comme ce plan de relance ; on voit bien que sa principale raison d'être est le chiffre total de 26 milliards, nombre totémique qui va espérons le réveiller les médias, à défaut de l'économie. Boum, 1% du pib, et allez-y. Je ne vais pas pleurer sur le déficit, il serait criminel de ne pas lacher le frein ces derniers temps, mais il est incroyable de balancer autant de blé avec aussi peu de discernement. Plutôt que d'aider les entreprises en difficulté, on décaisse pour tout le monde, et on garde le reste pour les grands amis du pouvoir, les boites de BTP !

Ah, le BTP, Martin Bouygues ! Soutenir la construction de logement que personne ne peut plus acheter, racheter (à quel prix ?) les logements construits pendant la bulle pour faire le parc HLM le plus cher du monde, proposer des mesures à la fois coûteuses et insuffisantes comme le doublement du prêt à taux zéro, et relancer les grands travaux d'infrastructure, tout est bon pour le béton.

Bref, comme on l'aura noté, les seuls perdants sont les ménages : ces crevards auraient acheté de l'électronique asiatique, et créé de l'inflation en consommant. Plutôt engraisser les entreprises, et en profiter une fois encore pour rogner sur les "charges" - c'est-à-dire les cotisations qui financent la sécu et les retraites, dont on s'étonne des déficits. Elle est belle ma relance !

Prud'hommes : qui vote quoi demain ?

Pas le temps de faire un vrai billet, mais voila l'occasion d'une petite discussion d'actualité : pour qui voter demain ? Je pars du principe que j'irais voter (pas forcément gagné vu les chiffres de la participation), et qu'ensuite je ne vote pas tant pour la politique général d'un syndicat (vrai dur, moyen dur ou raclure réformiste) que pour sa capacité à effectivement défendre les salariés face à leurs patrons. "Effectivement", cela signifie une forte capacité d'empathie pour la cause des salariés (quitte à leur être trop favorable), mais aussi et surtout une connaissance parfaite du droit du travail, histoire d'avoir la capacité de convaincre le collège d'en face.

Du coup, je ne vois que deux choix : CGT ou CFDT. Je penche pour la Cégèt'. Et vous ?