Juste comparaison
Par Guillermo, le mercredi 24 décembre 2008 :: Politique
Tout est dans la comparaison :
A l'UMP, Frédéric Lefebvre a soutenu la décision présidentielle, en saluant un "choix juste et humain". "Ceux qui dénoncent aujourd'hui la libération anticipée (...) de M. Marchiani qui (...) a participé en son temps à la libération d'otages français, sont ceux-là mêmes qui n'avaient pas hésité à libérer des terroristes ou des preneurs d'otages", a déclaré le porte-parole du parti présidentiel. "Chacun se souvient de la libération de membres d'Action directe alors même que ceux-ci avaient toujours refusé de regretter publiquement leur geste", a-t-il fait observer. (je graisse).
C'est quand elle est acculée qu'on reconnait la vraie droite décomplexée : Nadine Morano qui accuse le PS de se "mettre clairement du côté des assassins", ou l'ami Lefebvre, l'homme qui monte, qui compare l'incomparable : des libérations conditionnelles, de plein droit, accordées par la justice (et pas la grâce du monarque) après des dizaines d'années d'enfermement particulièrement éprouvantes, contre le coup de pouce à un copain du pouvoir. Et arrive à prendre une mesure légale et légitime - et même pour des assassins sans regrets - pour faire valoir le fait du prince.
Quitte à comparer l'incomparable - puisque Marchianni n'est pas un assassin, ni un terroriste - pourquoi ne pas penser à l'affaire Papon, où des socialistes ont naïvement voté un texte généreux pour protéger les plus vieux de la prison, que la justice a décidé d'appliquer avec une grande célérité à un criminel contre l'humanité plutôt en forme - criminel qui d'ailleurs n'a jamais émis le moindre regret - tout en oubliant de nombreux prisonniers ordinaires qui avaient pourtant passé bien plus de temps derrière les barreaux.
Notons au passage la lâcheté d'un président qui trouve (remarque, tant mieux pour eux) 26 comparses à gracier partiellement pour mieux faire passer la pilule du favoritisme ; est-ce le même qui refusait toute grâce collective type 14 juillet, y compris pour de petits délits, sous prétexte qu'il fallait arrêter d'être laxiste ? Est-ce le même qui promettait la diplomatie des droits de l'homme avant de recevoir tous les dictateurs possibles ? Oh pardon ça n'a rien à voir, comparaison n'est pas raison.
Et pour continuer de parler des choses qui n'ont rien à voir : "après tout, on a vu pire dans l’histoire" - donc bouclez-la, écrivent les "philosophes" qui ont eu le tort de discuter d'une mesure d'expulsion. Tandis que le pouvoir gracie ses amis, on peut se faire débarquer de force, menotté et se retrouver en garde à vue pour avoir simplement provoqué un peu de bordel dans un avion et avoir causé un retard d'une demi-heure. On apprend au passage que la PAF distribue des imprimés avertissant les quidams des risques qu'ils encourent (puisqu'il existe, en complément des habitels délits fourre-tout d'entrave et d'outrage, le délit "d'opposition à une mesure de reconduite à la frontière") si l'on s'oppose aux expulsions. Bref, interdiction de l'ouvrir, interdiction de protester, et cinq policier pour expulser deux sans-papiers. C'est la loi, et est-ce que cela a encore un sens ?