Jolie polémique le week end dernier; a priori une petite chose de rien, une anecdote même pas digne d'un entrefilet, mais à y regarder de près, une trainée de boue qui nous rappelle le chemin qui reste à parcourir pour échapper à cette médiocrité française.

Anecdote, donc : Mélissa Theuriau, journaliste et people de M6, reçoit Hortefeux. Surprise, là où on aurait dû s'attendre à un numéro de communication politique (brief à l'avance, questions vagues et sans droit de suite, toutes choses bonnes pour dérouler un speech), on découvre une jeune journaliste qui fait son travail ! Elle connait son dossier, pose des questions précises et ne laisse pas trop le ministre changer de sujet. Voilà tout le scandale, au point qu'un syndicat de gardiens de la paix en vienne à se plaindre, dans un courrier surprenant d'aigreur et de méchanceté, de sa "haine non dissimulée de la Police". Bref, tout y est : journalistes qu'on préfère aux ordres, corporatisme indécrottable, sexisme et fond raciste latent. Une belle Alliance, en sortes.

Déjà le corporatisme : au prétexte, paraît-il, d'élections professionnelles à venir, voilà tout un contre-pouvoir rangé derrière le patron. Au nom de quoi ? Est-ce être "antiflic" que de rappeler qu'il y a aussi des bavures, et qu'elles sont parfois bien peu sanctionnées, comme le rappelle la journaliste ? Comment peut-on avoir une réflexion sur la sécurité si on n'est pas capable d'envisager que la police ne fonctionne pas toujours bien ? Ce n'est pas Mélissa Theuriau qui "salit l'ensemble des policiers", ce sont les mauvais éléments couverts par les syndicats, au nom d'une union sacrée dont on ne sait pas à quoi elle peut bien servir. Le jour où les journalistes parleront de la police comme ils parlent des autres fonctionnaires, alors on pourra peut-être questionner leurs biais, mais pour l'instant c'est bien timide.

Voilà pour l'évidence. Mais le plus répugnant est ailleurs. Parce qu'il s'agit, au fond, d'une femme qui n'a pas su tenir sa place. Mélissa Theuriau, petite chérie des français, toute clairchazalesque en herbe, aurait dû en rester à ce qui fait vendre Voici. Et comme par hasard, une fois encore, c'est une jeune femme qui prend le risque d'aller au charbon à la télé. Comme Audrey Pulvar, Theuriau, considérée à l'avance comme une potiche, joue autrement plus sérieusement sa crédibilité qu'un Pernaud ou un Pujadas qui se contentent de leur arrogance naturelle et d'une façon bien couillue de froncer le sourcil. Et croyez-moi, si un Pernaud (hypothèse comique, je sais) avait conduit la même interview, Alliance n'aurait pas parlé de "l'acte isolé d'une jeune présentatrice qui ne paraît pas à la hauteur de la charge qu'elle a à assumer".

Et le plus crade : c'est évidemment parce que Mélissa Theuriau est mariée avec un humoriste "issu de la diversité" qu'elle se ramasse ce courrier dégueulasse. Au fond, Alliance ne dit qu'une chose : Mélissa T. est une femme sous influence, une gentille petite en apparence, mais qui a été retournée par les "ennemis" des flics, la société racaille de Trappes, ce qui expliquerait sa (sans doute) "haine non dissimulée" de la police. Si Alerte Chabot (hypothèse comique, je sais) avait posé ces questions, Alliance aurait été plus neutre et n'aurait pas pris la défense d'un ministre qui aurait préféré, on s'en doute, en rester là. Mais là, il s'agit de la menace insidieuse que fait peser sur l'image de la police l'idéologie de la banlieue qui, horreur, pourrait gagner nos bonnes classes moyennes ! C'est du propre.