Donc Chirac promulgue le CPE. De ce texte ne reste qu'une affaire de burnes. Ne pas reculer sous la pression de la rue, ne pas être celui qui capitule (il paraît que beaucoup d'adhérents UMP menancent de rendre leur carte si...), ne rien lâcher à Sarko et le griller en même temps que soi. Franchement, quels bénéfices ce contrat apportera au regard du bordel qu'il seme ? Quelles entreprises voudront seulement l'utiliser ? J'aime bien l'entretien avec le (social démocrate) Thierry Pech :

Le chômage n'est pas un ennemi qu'on combat au canon. En 2006, cette volonté d'héroïsme, ces métaphores guerrières appliquées à un objet aussi modeste que le CPE ont quelque chose de pathétique. En fait de Bonaparte, on a Don Quichotte.

Bien sûr nous aurons droit à l'antienne "ce n'est pas la rue qui gouverne". C'est un argument qui m'énerve de plus en plus, et pas seulement parce que la droite anti-manifs se pignole en pensant à la déferlante gaullienne sur les Champs à la fin de Mai 68, ou à celle des croisés de l'école libre à Versailles en 1984.

Cet argument est vicieux, car il est du domaine de la fausse évidence. A force d'identifier démocratie et bulletin dans l'urne, on en arrive à une vision étroite qui fait de la politique le domaine réservé des élus et des techniciens. Parce que j'ai (ou non) voté pour des types qui me représentent, je dois donc fermer ma gueule pendant 5 ans, attendre les prochaines promesses, jouer l'alternance et faire confiance au nouveau pouvoir pour garantir l'intérêt général ?

C'est d'autant plus hypocrite que, si la rue ne devrait pas gouverner, le gouvernement, lui, est à l'écoute des sondages. Les mêmes ministres qui contestent la représentativité des manifs rêvent d'une popularité plus large, d'un lien plus direct, d'un grand assentiment populaire. Ils rêvent de réveiller la mythique majorité silencieuse, les vrais français qui bossent, les étudiants anti-blocage, ou les jeunes des banlieues qui veulent tellement le CPE, eux. On veut le peuple avec soi, mais pas n'importe lequel : pas celui qui est contre et toujours "politisé" (donc de mauvaise foi), plutôt le bon peuple silencieux qui respecte les gouvernants, et qui n'existe que dans les fantasmes bonapartistes de Villepin.