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Le débat sur les grandes écoles

Que retenir de cette polémique pitoyable ? Pas grand chose. Voir Descoings parader en héraut de la justice sociale ou entendre minc & pinault brocarder le "conservatisme" des grandes écoles me fait autant gerber que les hurlements épidermiques des anciens diplômés qui, 30 ans après, se pignolent toujours sur leur diplôme.

Et qu'on se place du côté des "anti-quotas" et leurs arguments de merde (le plus bourrin tenant à la comparaison football / grande école où "30% de boursiers" deviennent "30% de footballers issus de la division d'honneur", antérinant élégamment le lien entre origine sociale et médiocrité scolaire ou sportive) ou des "pro-quotas" (toutes catégories aussi grossières que la polémique) qui font disparaître entièrement la question du niveau ou de la sélection au nom de la justice sociale, on voit surtout que personne n'a envie de dépasser le débat de cour de récré.

Déjà, notons l'hypocrisie d'ensemble ; les mêmes qui voudraient avoir autant de boursiers à HEC ou à l'ENA que dans le reste de la population étudiante sont probablement ceux qui se battront bec et ongles pour assurer à leurs rejetons ces places d'excellence scolaire qu'ils ont souvent occupées. Tout comme ceux qui proposent, comme Descoing, de régler le probleme en prenant 30 ou 50 gamins méritants dans 50 lycées choisis on ne sait comment, en choisissant à la main, dossier sous les yeux et de façon encore plus arbitraire que les concours habituels.

Par contre, si on s'écharpe sur l'accès aux filières, on n'entend rien sur ces filières elles-mêmes. Seul ce filou de Minc note qu'elles ont intérêts à changer leur recrutement pour ne pas se faire balayer par ces nouvelles exigences démocratiques.

D'abord, pourquoi le systeme économique continue à distinguer les diplômes des dizaines d'années après leur remise ? Pourquoi les carnetistes du Point, quand ils présentent l'état major d'une boite, soulignent-ils toujours les diplômes des vieux qui la dirigent ? Sans doute parce qu'outre le niveau scolaire - qui n'est en rien une garantie d'efficacité au travail d'ailleurs, l'avantage de départ n'est jamais vraiment rattrapable par ceux qui n'ont pas les mêmes titres, car ils commencent toujours plus bas. De même, au départ, pourquoi les boites payent-elles plus cher des étudiants de toute façon difficile à recruter et à fidéliser ? Parce qu'au delà du niveau, on ne reprochera jamais aux recruteurs d'avoir choisi un diplômé AOC.

Ensuite, pourquoi s'acharner à effacer les origines sociale inacceptable des boursiers ? Comment ne pas voir le lien entre Morano et ses leçons de bonne tenue à usage des jeunes musulmans, et le louable programme de "mise à niveau culturelle" du fameux "une grande école pourquoi pas moi" de l'X ou d'autres ? Résultant d'une sociologie qui fait du manque de capital culturel hérité la raison de la moindre performance scolaire, ils ne visent pas à changer le système mais à mettre sur le dos des dominés la faute de leur échec via le manque d'intégration - c'est d'ailleurs la même histoire entre acceptation par la bonne France et accès aux grandes écoles.

Enfin, un point annexe : quel est le sens de choisir à 18ans une filière quasi-professionnalisée qui engage pour le restant de sa vie ? Pourquoi faut-il absolument que les gens apprennent à 20 ans la théorie fumeuse du marketing, après s'être cogné plein de matières creuses en prépa histoire d'être sûr qu'ils n'en retiendront rien passé les concours ? Comment expliquer que partout ailleurs la valeur de la sélection porte également sur l'établissement, mais jamais sur les filières, et qu'on peut être diplômé d'anthropologie à Cambridge et bosser à la City ?

L'Amérique que j'aime

No comment. Marrant comme on n'arrive pas à s'habituer à certains clichés.

Règles de fonctionnement du PS

1/ Appeler à l'unité
2/ Pendant qu'on lance cet appel à l'unité, prendre une initiative surprise et complètement perso
3/ Expliquer que cela ne remet pas en cause l'importance de l'unité
4/ Cogner sur les collègues qui torpillent l'initiative perso, en expliquant que ce n'est pas par l'immobilisme qu'on sauvera la gauche / qu'on se rapprochera des classes populaires qu'on a perdues / qu'on mettra fin au sarkozysme
5/ Tout en s'expliquant à coup de petites phrases dans les médias, déplorer le "spectacle délétère" qu'on est contraint de donner et qui est "destructeur" pour l'image du PS
6/ Dès que ça se tasse, appeler à l'unité
7/ Recommencer

La distribution d'argent qui tourne mal...

Est ce qu'une "distribution d'argent" pouvait bien tourner ? Est ce que dans l'obscenité de ce moyen publicitaire et dans l'avidité du public rassemblé, notamment sa composante voyou, il y avait une chance que les choses se passent bien ?

Le porc qui a eu cette bonne idée, tout fiérot de sa logique tordue (quitte à dépenser de l'argent en pub, autant filer le blé aux gens, hein kesten pense coco ?), tente maintenant de mettre son échec sur le dos de la préfecture qui doit, parait-il, assurer la sécurité des rassemblements qu'elle n'interdit pas. Mieux, il pond le couplet du risque inhérent aux entreprises nouvelles : "On essaie d'aller plus loin, de faire de grandes choses, ça implique des responsabilités, ça implique des risques". Qui n'épouve pas d'envie de meurtre en lisant cela ?

Grande chose, en effet, que ce mouvement circulaire dans lequel la pornographie des francs-tireurs du marketing induit et réveille dans tout un peuple de consommateurs obsédés par la bonne affaire la promesse du coup "malin", pour peu qu'on offre son temps et qu'on fasse masse pour servir les intérêts de la pub, le tout encouragé par une presse tellement pauvre qu'elle ne saurait vivre sans faire la promo de ce genre de bouffonneries. A la crasse d'une certaine élite et de son rapport décomplexé à l'argent répond la crasse de crevards partagés entre l'ennui et l'avidité.

Heureusement, il n'y avait pas de précédent, et il n'y aura pas de suite : voila au moins une consolation.

(En passant) Sur l'affaire NDiaye / Raoult

Raoult dit n'importe quoi et le fait délibérément. Il déterre des propos tenus en aout, passés inaperçus dans le flot de la rentrée littéraire et rapportés dans un journal qui écrit la même chose dix fois par semaine. Il évite bien sûr de préciser qu'ils venaient d'un écrivain non encore primée, afin de donner plus de poids à la charge. Il invente un "devoir de réserve" qui "n'existe pas et n'existera jamais" comme le dit bien Pivot. Bref, il fabrique une polémique ; sans son intervention, personne n'aurait prêté attention à cette interview.

Peu m'importe ce que dit Marie NDiaye : c'est son opinion, proche de la mienne certes, et elle peut s'argumenter. Peu importe également que le ministre de la culture réponde à cette interpellation bouffonne - ce qu'il se garde d'ailleurs de faire. Enfin, que l'écrivain réponde, tout le monde s'en fout, sauf la frange minoritaire qui lit la presse sérieuse et jauge bien de la grossièreté de l'accusation. Seule demeure cette polémique imbécile et démago.

Que se passe-t-il dans la vraie vie ? Les médias généralistes présentent l'affaire, comme le dirait Godart, avec "dix minutes pour les nazis, dix minutes pour les juifs", refusant d'arbitrer alors que la provocation est patente. Ceux qui se méfient des intellectuels et des écrivains, noirs qui plus est, trouvent que quand même, la France tu l'aimes ou bien (et elle l'a quittée !), et faut pas exagérer, surtout "après" un prix équivalent à une AOC pour les livres. Faut pas cracher dans la soupe - ils n'entendront rien d'autre.

A qui profite le crime ? A Raoult, qui sort de l'oubli justifié dans lequel il était tombé. Et à la démagogie, qui permet à un gros @*$* de se refaire sur le dos d'un écrivain, en d'en tirer parti encore. C'est répugnant, et tellement prévisible.

Jeannot superstar

Je suis étonné, et bien content, que cette affaire du fiston sarkozy à l'EPAD prenne enfin de l'ampleur ; je n'y croyais pas, je pensais la presse moins capable de rebondir, mais tout s'enchaîne à merveille, le web qui rigole, la gauche qui gueule, l'EPAD qui gagne enfin en notoriété et finalement nos grognards de l'UMP, électeurs et députés, qui trouvent qu'on se fout bien de leur gueule. Espérons que le judoka / ramasseur de pièces jaunes Douillet se plante dimanche, et la "séquence" aura été belle.

Parce que sur le fond, hein, rien de nouveau. Le fait du prince est juste plus flagrant du fait du nom et de l'incompétence technique (mais pas politique !) de sarko junior, toujours étudiant en 2eme année de droit à 23 ans, mais ce n'est qu'une affaire de vol d'un fromage, qui choque moins quand le titulaire s'appelle bidulechi (désolé pour la sonorité corse, mais l'UMP d'Ile de France...) et porte sa ventrue cinquantaine sur flanelle grise.

Et au tréfond, quoi d'autre ? Le pouvoir ne reculera pas. Il y a belle lurette que le scandale ne l'effraie plus, quant il n'y voit pas un prétexte pour renvoyer crânement les journalistes et l'opposition à leurs propres problèmes de chiottes. Au delà de la défense classique et combien énervante du "fils de" ("C'est pas passque j'm'appelle Truc qu'j'ai pas l'droit de faire de cinéma / de politique, et croyez moi c'est bien plus dur tant on m'attend au tournant"), la comm doigt d'honneur à la Lefebvre est désormais le fond stable et vaseux de toute polémique. Il coulera de l'eau d'ici 2012, et quand on n'a plus honte à se vautrer dans la mauvaise foi et le cynisme, pourquoi se priver ? Il faudra bien qu'on change de sujet.

Enfin, on sait bien comment se terminent ces histoires de fils crucifiés. Hurlons sur Jeannot Sarko, moquons son appétit scandaleux, faisons rempart contre le népotisme, et attendons... Il s'en prendra tant dans la gueule qu'il ne suffira que d'un habile communiquant pour nous faire admettre qu'il a "changé", que ces "épreuves" l'ont ouvert, et autres foutaises dont sont tissées les légendes de Paris Match. Le gars est plutôt sympa, et comme Chirac ou Johnny, tout cela tournera un jour à son avantage.

La Poste, l'UMP et la politique de l'injure

2 millions de personnes se déplacent un dimanche pour dire leur attachement à la Poste telle qu'elle est, et tout ce à quoi elles ont droit, ce sont des tombereaux d'injure en provenance de l'UMP. Bien sûr que la question posée appelait à l'expression d'un mécontentement, bien sûr que ce n'est pas un "vote" mais - comme le rappelle crânement Mélenchon - une "votation" (connard), bien sûr que ce n'est pas un scrutin fiable avec listes et tout, mais il n'empêche : ils ont fait l'effort d'exprimer leur opinion, et on leur répond que c'est une "pantalonnade".

Au lieu d'explication, des insultes. Au lieu de rassurer les ruraux qui flippent pour leur dernier service a peu près public, on ressort la peur des rouges et les manipulations de l'extrême gauche - pas le genre de l'UMP de truquer les élections, voyez chez Tibéri ou hier encore à Corbeille-Essonnes. Au lieu de discuter du changement de statut, un empilement de sermons : non bien sûr, si on fait cette loi, c'est pour que la Poste reste à 100% publique, c'est juste pour changer un peu et faire moderne, quoi.

Au fond, quand l'UMP pond une proposition de loi parce que TF1 parle d'un fait divers horrible, c'est normal. Quand l'UMP s'appuie sur des sondages foireux pour légiférer, c'est normal. Quand la droite et Sarkozy prennent la parole et font la loi au nom des "victimes", c'est normal. Tout cela s'appelle "être à l'écoute des français". S'appuyer sur des rumeurs, manipuler l'opinion avec Bouygues et Lagardère, c'est du bon gouvernement ; mais écouter la voix de 2 millions de types qui se traînent, en milieu rural, un dimanche pour aller protester contre la privatisation rampante de la Poste, ce n'est pas acceptable.

Bref, c'est un crachat à la face d'un certain peuple, mais parmi lequel se trouvent aussi quelques électeurs de l'UMP. Espérons que ça leur ouvre les yeux.

Mélissa Theuriau et les racailles antiflics

Jolie polémique le week end dernier; a priori une petite chose de rien, une anecdote même pas digne d'un entrefilet, mais à y regarder de près, une trainée de boue qui nous rappelle le chemin qui reste à parcourir pour échapper à cette médiocrité française.

Anecdote, donc : Mélissa Theuriau, journaliste et people de M6, reçoit Hortefeux. Surprise, là où on aurait dû s'attendre à un numéro de communication politique (brief à l'avance, questions vagues et sans droit de suite, toutes choses bonnes pour dérouler un speech), on découvre une jeune journaliste qui fait son travail ! Elle connait son dossier, pose des questions précises et ne laisse pas trop le ministre changer de sujet. Voilà tout le scandale, au point qu'un syndicat de gardiens de la paix en vienne à se plaindre, dans un courrier surprenant d'aigreur et de méchanceté, de sa "haine non dissimulée de la Police". Bref, tout y est : journalistes qu'on préfère aux ordres, corporatisme indécrottable, sexisme et fond raciste latent. Une belle Alliance, en sortes.

Déjà le corporatisme : au prétexte, paraît-il, d'élections professionnelles à venir, voilà tout un contre-pouvoir rangé derrière le patron. Au nom de quoi ? Est-ce être "antiflic" que de rappeler qu'il y a aussi des bavures, et qu'elles sont parfois bien peu sanctionnées, comme le rappelle la journaliste ? Comment peut-on avoir une réflexion sur la sécurité si on n'est pas capable d'envisager que la police ne fonctionne pas toujours bien ? Ce n'est pas Mélissa Theuriau qui "salit l'ensemble des policiers", ce sont les mauvais éléments couverts par les syndicats, au nom d'une union sacrée dont on ne sait pas à quoi elle peut bien servir. Le jour où les journalistes parleront de la police comme ils parlent des autres fonctionnaires, alors on pourra peut-être questionner leurs biais, mais pour l'instant c'est bien timide.

Voilà pour l'évidence. Mais le plus répugnant est ailleurs. Parce qu'il s'agit, au fond, d'une femme qui n'a pas su tenir sa place. Mélissa Theuriau, petite chérie des français, toute clairchazalesque en herbe, aurait dû en rester à ce qui fait vendre Voici. Et comme par hasard, une fois encore, c'est une jeune femme qui prend le risque d'aller au charbon à la télé. Comme Audrey Pulvar, Theuriau, considérée à l'avance comme une potiche, joue autrement plus sérieusement sa crédibilité qu'un Pernaud ou un Pujadas qui se contentent de leur arrogance naturelle et d'une façon bien couillue de froncer le sourcil. Et croyez-moi, si un Pernaud (hypothèse comique, je sais) avait conduit la même interview, Alliance n'aurait pas parlé de "l'acte isolé d'une jeune présentatrice qui ne paraît pas à la hauteur de la charge qu'elle a à assumer".

Et le plus crade : c'est évidemment parce que Mélissa Theuriau est mariée avec un humoriste "issu de la diversité" qu'elle se ramasse ce courrier dégueulasse. Au fond, Alliance ne dit qu'une chose : Mélissa T. est une femme sous influence, une gentille petite en apparence, mais qui a été retournée par les "ennemis" des flics, la société racaille de Trappes, ce qui expliquerait sa (sans doute) "haine non dissimulée" de la police. Si Alerte Chabot (hypothèse comique, je sais) avait posé ces questions, Alliance aurait été plus neutre et n'aurait pas pris la défense d'un ministre qui aurait préféré, on s'en doute, en rester là. Mais là, il s'agit de la menace insidieuse que fait peser sur l'image de la police l'idéologie de la banlieue qui, horreur, pourrait gagner nos bonnes classes moyennes ! C'est du propre.

Blog endormi

Ca se voit, y'a rien de nouveau depuis un bail, et là franchement vous entretenir des éternels assauts de notre cherprésident sur le travail du dimanche, et autres joyeusetés d'avant vacances, ça ne me dit rien. Je me réveillerai quand le niveau d'énervement nécessaire à l'exercice du blog aura retrouvé son étiage habituel. D'ici là, occupez donc les commentaires.

Michael Jackson était mort depuis longtemps

Il y avait de quoi être surpris par la mort de Michael Jackson : c'est qu'il était encore vivant ! "Vivant" devrait-on dire plutôt, car il semble qu'il ait progressivement rejoint les zombies du clio de Thriller. Car qu'est ce qu'un artiste sans production musicale, ou sans production valable, réduit à sa propre caricature de barjo ambigu, à cheval sur les couleurs de peau et les sexualités, et plus menacé par le scandale que l'insuccès, sinon un artiste mort, exactement ?

Ainsi l'oeuvre, si l'on peut dire, s'était-elle déjà séparée du corps de l'artiste, et tandis que ce dernier sombrait dans la maladie, ses succès se sont progressivement détachés de leurs condition historique. Flottant dans un non-genre à force de reprises et de remixage, leur son eighties lui-même banalisé par le recyclage permanent, des pistes de danse au bandes FM, où ils naviguaient entre Sardou et une soupe R'n'B, les tubes de Jackson ont atteint à cette intemporalité douteuse qui ressemble à la consécration.

Que l'être Michael Jackson ait pu perdurer dans son existence après cette extinction artistique importe finalement assez peu - pas plus que la vie de Michel qui "reprend des pates" dans cette pub hallucinante de mépris qui voudrait célébrer la vie dans son ordinaire brut (on y reviendra). Jackson l'artiste avait disparu depuis longtemps, mais Jackson le zombie était encore là : c'etait bien le sens de la surprise.

De l'Oréal à l'Education nationale

Voila un parcours exemplaire, non ? Voila l'expression même de la mobilité tellement à la mode. Tiens, qu'est ce qui dans la bio de Chatel, qui s'occupait, en gros, des consommateurs et des grandes surfaces, le destine à superviser l'enseignement de millions de gamins ? Quelle connaissance a-t-il des débats compliqués entre les pédagos et les tradis de l'éduc nat ? Où se place-t-il ? Qu'est ce qu'il annonce, sinon encore un peu plus de "professionnalisation" et ses talents d'ex-DRH pour accompagner les mutations de carrières ?

Malgré tout le mal qu'on peut penser des réformes de Darcos, il était à sa place, il connaissait son boulot. Certes, il ne s'agit pas d'enfermer les uns et les autres dans leurs corporations, ni de réclamer que les profs soient encadrés par des profs, les flics chapeauté par d'autres policiers et les agriculteurs par des cultivateurs. Il ne s'agit pas non plus d'une question de diplômes - après tout, Jospin l'énarque a marqué chez les profs. Il s'agit tout simplement de vérifier des compétences, et un certain respect pour les questions de connaissance.

A force d'accepter benoîtement le fait du prince, la récompense des uns et la disgrâce des autres, de se concentrer sur les effets de comm façon Mitterrand à la culture, on oublie presque que ce remaniement consiste, dans beaucoup de cas, à cumuler les erreurs de casting, a remplir des cases en fonction des hasards que des véritables besoins. Par exemple, Rama Yade au sports, c'est plus du bizutage et de la caution féministo-diverse qu'une expression politique. Voila qui promet.

L'Iran, Twitter et moi

C'est quand même un peu délirant ce barouf sur l'Iran et Twitter, non ? Certes ce n'est pas inintéressant, mais enfin merde c'est pas Twitter qui fout des centaines de milliers d'iraniens dans la rue quand même ! Les comptes les plus suivis ont quelques milliers de "followers", pas plus. Et si par solidarité factice, j'ai modifié mon compte pour dire que j'habitais à Téhéran, un réseau aussi public, aussi facile à fliquer ne peut pas être un outil de mobilisation fiable dans un état si répressif.

Notez qu'à chaque nouvel évènement on nous fait le coup de Twitter : les attentats de Bombay, le coup des moldaves en colère, l'airbus dans la flotte à New York, au point que je cherche encore le dernier twitt de l'équipage du vol AF447. La où ça devient délirant, c'est quand le niveau d'excitation sur le média Twitter remplace l'analyse du phénomène lui-même. Personne ne sait si la fraude est avérée ou non (ce qui est normal), personne ne comprend rien à l'Iran et à son système politique ultra complexe, mais tout le monde se regarde le nombril et s'émerveille sur le pouvoir des nouvelles technologies.

Pire, la question de fond, à savoir que Mahmoud A. l'ennemi de l'occident est malgré tout soutenu, outre l'appareil d'Etat, par la majorité des classes populaires, est entièrement occultée. Je suis persuadé qu'il a grugé car les incohérences sont nombreuses, mais pourquoi ne s'intéresse-t-on pas plus au soutien réél que reçoit ce pouvoir ? Que fait-on de la piétaille du régime, ces gardiens de la révolution qui viennent des provinces pauvres et qui croutent grâce à la répression, ces petites gens qui aiment le style austère et populo ("il vit comme nous") du chef et apprécient ses subventions (merci les cours du pétrole) ? Pourquoi ne peuvent-il pas faire en toute conscience le choix d'un régime conservateur, comme nos petits vieux votent Sarkozy ?

Bouvard et Pécuchet se penchent sur l'aéronautique

Enfin merde cette affaire Air France / Airbus, quand même, quel bon révélateur de "l'info" d'aujourd'hui ! Résumons nous. Non seulement nous n'en savons toujours que peu sur les motifs du crash, mais force est de constater que nous avons été baladés d'hypothèses en hypothèses par les médias, au gré des rumeurs ou de ce qu'ils ont pu comprendre, assurant un équilibre précaire et parfois spectaculaire entre la spéculation à page ouverte et la quasi-omerta des sources "officielles".

Au fond, le seul domaine sur lequel l'info grand public est incontestable, c'est le traitement de l'émotion : les proches qui pleurent, celui qui voulait prendre l'avion mais qui l'a raté, et (le top !) celle qui a raté l'avion mais qu'est morte quand même une semaine après dans un accident de voiture ! Ca c'est de l'info ! Ca permet même d'éditorialiser sur la force du destin qui ne rate jamais sa cible (mais qui doit s'y prendre à deux fois, faible destin quand même).

Heureusement, il nous reste cette avalanche de commentaires, où parmi les réactions compassées et les polémiques stériles, on trouve de plus en plus d'interventions délirantes. La propension à parler de choses que l'on ne connait pas est normale, voire parfois souhaitable, mais il faut quand même sauver les apparence ! Or là, l'anonymat aidant, on se lance ! C'est presque touchant de voir nos internautes spéculer comme des ingénieurs aéro, en s'aidant avec les moyens du bord type gros bon sens, liens wikipédia et démonstrations par l'absurde.

Ainsi au début, quand les médias nous servaient la foudre, on se battait pour savoir si les avions modernes faisaient cage de Faraday ou non, et on s'élevait contre les matériaux composites ! Ensuite il a bien fallu constater que la recherche des boites noires serait ardue, sinon impossible, permettant à un commentateur de proposer des "boites noires éjectables et insubmersibles" (sic). Enfin maintenant que la mesure de vitesse est sur la sellette, on s'emporte contre un dispositif inventé au XVIIIeme siècle, et pourquoi pas par GPS comme pour ma bagnole (ah, ça existe déjà), et qu'est c'qu'ils foutent les ingénieurs ? Enfin sur le sujet inépuisable du contrôle informatique du vol, on oppose prestement l'homme et la machine, ah que ne peut-on faire confiance à nos fiers pilotes tandis que les ordinateurs plantent toujours, d'ailleurs avec Windows on voit que..

Comme Bouvard et Pécuchet, l'ambiguité règne : la plus merveilleuse des curiosité, le plus sain besoin de comprendre, se combine avec la plus étroite des conneries. Mais quel spectacle, vraiment.

Les trois journalismes

De mon point de vue il existe trois formes de journalisme qui déterminent 3 "produits" d'information dominants, au moins pour la presse et sur le web.

1 - Un journalisme de "faits" et de "gros titres", fondé à coup de dépêches AFP "batonnées", donnant une grande importance au "timing" de l'info, aux "exclu" (quand par miracle ce n'est pas une source AFP / AP / Reuters), à son renouvellement dans la journée sur les supports "d'info continue", et aux "titres" pour le JT et les gratos du lendemain matin. Dans ce cas, l'info "brute" qui n'apprend au fond rien du tout est d'autant plus valorisée qu'elle est considérée, à tort, comme objective - alors que la sélection des faits et la façon de les rapporter construisent évidemment une vision qui pour être consensuelle n'en est pas moins bien orientée. Témoin la mode des comptes-rendu de violence scolaire, qui s'enchaînent tout à coup, ou encore l'affreuse séquence autour du crash du vol AF, aujourd'hui spécial "que deviennent les cadavres repêchés ?".

2 - Un journalisme "d'analyse et de synthèse" que l'on retrouve aussi bien dans les - souvent catastrophiques - éditos de libé, où il faut absolument pontifier sur le fait du jour, que dans les papiers signalés comme tels dans les quotidiens ou encore dans les marronniers des hebdos. A chaque fois on propose un résumé orienté des faits, suivi d'une tentative de généralisation hative en "tendance de fond", reflet d'une société sarkozyste à gauche ou d'un individualisme débridé post-68 à droite, tendance dont on s'inquiète avant de pointer quelques signes contraires (les "résistances" à gauche ou les "chefs d'entreprises qui innovent quand même" à droite) afin de conclure sur une note plus légère.

3 - Un journalisme engagé et subjectif, que l'on trouve bien rarement en France. Ce sont les articles de XXI qui sur dix pages creusent un sujet, les papiers du New York Times Magazine qui perpetuent la tradition du gonzo, certains très rares reportages radiophoniques, et encore quelques blogs qui prennent le temps de fouiller une thématique ou de laisser les spécialistes s'exprimer aussi longuement qu'ils le souhaitent. Dans tous les cas ce journalisme nous apprend quelque chose de l'époque en partant non de "faits" ou "d'analyses" creuses mais d'une expérience subjective et présentée comme telle, d'un point de vue sans promontoire bidon, et de rencontres patientes.

Pas besoin de vous dire ce qui m'intéresse, vous l'aurez compris, ni de préciser que je sombre souvent corps et bien dans la tentation de "l'analyse et de la synthèse" (on dirait une offre de stage). Reste que le récent foutoir de "l'information" autour du crash de l'airbus A330, entièrement réduite à l'enchaînement hystériques de "faits" le plus souvent absents et comblée par une "analyse" obsessionnelle, montre bien quelles sont les attentes d'un public qui préfère se divertir plutôt que de comprendre ce qu'il se passe vraiment ou de faire sienne une vision sensible du monde. Que le public ait été façonné par l'offre, ou que l'offre dicte au public sa façon de "s'informer" ou de se distraire par l'information importe peu, mais je crois qu'il reste une grande place à prendre pour l'info du troisième type, comme le montre d'ailleurs le succès de XXI dont je dois encore me procurer le dernier numéro (yeah).

En passant après les européennes

Pour gagner une élection, il faut trois éléments : une base historique, un message clair et séduisant, et un leader naturel (vous me direz que la base est le produit du message et du leader, mais bon). L'UMP s'en tire très bien en gagnant sur tous ces tableaux (même si l'on peut chipoter sur son "message" européen, pas bien défini à part "non à la Turquie"), le PS n'a plus que la fidélité de sa base étriquée pour ne pas sombrer tout à fait, et Europe Ecologie cartonne en alliant un projet clair et un leader charismatique. Notez que le leader du Modem s'est ridiculisé durant cette campagne, et que son parti perd donc sur tous les tableaux. Notez aussi que Besancenot perd devant le "Front de gauche" car il lui manque le dernier carré de fidèles qui maintiennent le PCF en respiration artificielle, et que son leader s'est fait un peu reprendre sur son militantisme trop médiatique.

Cette analyse à l'emporte pièce posée, on se doute que les résultats ne m'étonnent guère. Passons sur la victoire de l'UMP, il est encore trop tôt pour savoir si les caractéristiques de l'abstention l'ont favorisé, ou si - comme je le pense plutôt - Sarkozy rassemble sur sa personne un gros quart d'inconditionnels, qui approuvent les réformes et en voudraient encore plus, et qui pourraient éventuellement être galvanisés par l'antisarkozysme. Un antisarkozysme qui paradoxalement ne mobilise pas les masses, surtout pour un scrutin hors du cadre national.

Et pour le PS, alors ? Rassurez-vous, on ne va pas manquer d'excuses pour la défaite. C'est Aubry. C'est le congrès et l'image de la division. C'est les classes populaires qu'en veulent plus. C'est l'absence de propositions concrètes. Etc. Prenez n'importe quelle défaite, et vous trouverez les mêmes analyses, et les mêmes injonctions. Les élus ou plutôt non-élus qui répètent en boucle qu'ils ont "compris le message" des électeurs, qui font des prêches à l'unité, et ainsi de suite, jusqu'à la prochaine défaite.

Ce n'est pas que le PS soit mort ; pas encore. C'est plutôt que la social démocratie, coincée entre le néo-radicalisme de gauche, l'exigence écologique et la droite décomplexée, n'a plus le moindre espace. On s'était habitué à gagner les élections et à être gouverné au centre, il va falloir changer de modèle. Et changer de parti n'aurait pas de sens, puisque le stock d'élus locaux et d'apparatchiks qui constituent le PS se déversera immanquablement dans une nouvelle coquille. Enfin, compter sur l'opposition et l'anti-sarkozysme pour réveiller la base ne sert à rien, on vient de le voir, tandis que la position contradictoire du parti devient chaque jour plus insupportable : consulté à chaque fait d'arme UMP, se voyant ainsi imposer l'agenda, il ne peut que protester (comme toujours !) ou s'écraser (ce qui est pire encore), mais jamais construire sa propre vision du monde.

Oh et puis allons-y ; malgré les beaux exercices théoriques pré-congrès de Reims, il n'y a plus de vision socialiste. Il y a une vision radicale de gauche et une vision écologique, il n'y a rien "entre" ni "au-delà". Plus de vision, une base qui s'étiole, et aucun leader en vue (et pitié, pas la nouvelle génération de bureaucrates qui grenouillent dans le bureau national et autres instances), l'avenir est sombre. Que cela ne nous empêche pas de fêter la percée écologique (que j'ai soutenue, comme à chaque européennes), sur laquelle se construira probablement la future gauche plurielle.

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